Crédit photo : Véronique Beauchamp

Les libraires ont porté le livre. »

Stéphane Larue le dit d’emblée en début d’entrevue, heureux et visiblement fébrile d’avoir remporté le Prix des libraires dans la catégorie roman québécois avec Le plongeur, aux côtés d’Emily St. John Mandel qui remporte les honneurs dans la catégorie roman hors Québec. En effet, ce prix est définitivement une reconnaissance majeure dans l’industrie littéraire. Il se veut un hommage aux auteurs dont l’œuvre a fortement marqué les libraires en cours d’année. Bien que Stéphane Larue ne s’attendait pas à remporter les honneurs, il témoigne toutefois de l’incroyable dose d’amour qu’il reçoit de la part des libraires depuis la parution de son livre.

Le plongeur, qui campe son histoire à l’hiver 2002, raconte la descente aux enfers de son narrateur. Devenu plongeur à la Tratorria pour tenter de se sortir de ses dettes de jeux, il s’engouffrera plutôt dans une spirale destructive.

Tout juste de retour du Salon du livre Côte-Nord, l’auteur est encore gonflé à bloc par les commentaires positifs des lecteurs.

Je sentais mon livre attendu, j’ai remarqué tout le bouche-à-oreille positif fait par les libraires. »

Sur le sujet de l’autofiction, Stéphane Larue hésite à se revendiquer du genre. Évidemment, le narrateur ne le représente pas, mais emprunte au passé de l’auteur. Il emprunte aussi à des gens qu’il a connu. Impossible de rédiger une œuvre avec autant de détails sans, en partie du moins, l’avoir vécu. Il relate d’ailleurs avec humour les commentaires d’ex-collègues de la restauration, se demandant si, à l’époque, il travaillait ou s’il passait son temps à prendre des notes. À cela, Larue ajoute qu’il a une mémoire aléatoire qui attrape un peu de tout, même des détails que plusieurs oublient. Est-ce qu’il a hésité à jouer le jeu du narrateur au « je » et du flou entre réalité et fiction?

Pas du tout, c’est un milieu connu, il n’y a pas de censure, pas de gêne. Je voulais le plus de vérité possible. C’est une obligation éthique, un hommage à ce milieu-là. Le travail d’un romancier, c’est de faire cohabiter ce qui s’invente avec ce qui ne s’invente pas. »

Quand je fais remarquer à Stéphane Larue que son roman m’a rappelé le naturalisme de Zola, notamment dans L’assommoir, il acquiesce. Il se retrouve dans le courant naturaliste dans sa motivation à ne pas jouer du propos éditorial. Il souhaite dépeindre les choses telles qu’elles sont. Zola peignait, telle une toile, les déboires induits par l’alcoolisme dans la classe ouvrière sans y porter de jugement. C’est aussi ce que Stéphane Larue s’applique à faire en reproduisant avec une précision chirurgicale, un milieu (celui de la restauration, des bars et du jeu) qu’il connaît par cœur.

Le plongeur est souvent comparé au Joueur de Dostoïvsky. Quand je lui rappelle que ce roman avait été écrit en 27 jours sous les pressions d’un éditeur véreux, Stéphane Larue s’esclaffe. Comme le rapport au temps est bien présent dans le roman et que le narrateur doit lui aussi jongler avec les délais de remise de la pochette qu’il doit dessiner pour un band de métal, j’étais curieuse de savoir si son processus d’écriture avait été long. S’il pensait depuis longtemps écrire sur le sujet, il ne pensait pas le faire si tôt. Il croyait s’y mettre une fois sorti du milieu. Comme il y travaille toujours, il a décidé « d’y aller all in ».

Ça s’est écrit très rapidement, quelques mois, 6 ou 7. La période décrite dans le livre a été marquante dans ma vie. »

Lui qui ne pensait pas avoir le matériel pour écrire un roman s’est finalement retrouvé avec une brique plutôt imposante de plus de 550 pages. On ne peut qu’être d’accord avec Bébert qui s’exclame à la toute fin du roman : « Ostie, j’ai toujours su que les affaires vireraient ben pour toi. Un gars fiable comme ça, la vie finit par le récompenser. » Eh oui, Stéphane Larue a été récompensé et on gagerait tout sur le rouge que ce n’est qu’un début.

Julie Gauthier (qui blogue aussi ici)

Le plongeur, Stéphane Larue, Éditions Le Quartanier, 2016.

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