Crédit photo : Séan Gorman

À l’aube de la 34e saison de la Maison Théâtre, nous avons eu l’occasion d’échanger avec Alain Grégoire, président directeur général, et Sophie Labelle, directrice artistique.

Diffuseur de théâtre pour l’enfance et la jeunesse, la Maison Théâtre a toujours maintenu au cœur de ses préoccupations, depuis sa toute première saison en 1984, cette idée de démocratiser l’art et de favoriser l’inclusion des enfants de tous les milieux. C’est une 16e saison à la barre de la Maison Théâtre pour Monsieur Grégoire et malgré le passage du temps, on le sent toujours passionné, inspiré par le théâtre jeune public et ses artisans. La mission de la Maison Théâtre, on peut dire qu’il la vit carrément, et on comprend lorsqu’on lui en parle : «On est animé par des gens de théâtre, on est animé par ces compagnies (…) C’est sans cesse renouvelé et on est tous habité par ce souci de rendre l’accès à l’art égalitaire».

Si la Maison Théâtre ne fait pas dans la création d’œuvre, ce lieu de diffusion exceptionnel a permis une reconnaissance et a favorisé le développement du théâtre pour l’enfance et la jeunesse. C’est désormais 29 compagnies membres que compte l’association. « Avant, on ne prenait pas les enfants au sérieux. Après 1968, il y a eu une prise de conscience que les enfants pouvaient aussi avoir accès à des œuvres théâtrales de qualité. Que c’était des êtres humains qui n’étaient simplement pas rendu au même stade de développement intellectuel ni au même niveau d’acquisition de connaissance, mais que c’était des êtres humains qui étaient capable de ressentir des émotions. À partir de là, toute la dramaturgie a changé. » de dire Monsieur Grégoire.

L’art c’est une vision du monde qu’un artiste a, qui nous est retourné; ça nous aide à nous représenter, ça nous permet d’être en face de situations complexes de la vie, ça nous fait vivre des émotions et ça nous divertit aussi. Les enfants ont droit aussi à ça. Ils ont besoin de représenter leurs vies, c’est la même chose».

Dès leur début, ils ont eu la sagesse de décloisonner l’administration de la programmation, par la mise en place d’un comité artistique complètement indépendant du CA, assurant ainsi une programmation toujours actuelle. Il y aura toutefois un gros changement pour la saison 2018-2019, de nous dire Monsieur Grégoire « Il y aura désormais une direction artistique grâce à l’ajout de Mme Sophie Labelle. Elle va bénéficier des lumières et de l’expertise du comité artistique, mais celui-ci sera désormais consultatif. »

Si son apport à la programmation sera visible la saison prochaine, Mme Labelle a déjà la tête pleine de projet et sa présence devrait bonifier l’expérience artistique des jeunes visiteurs dès cette année (une idée impliquant de vieilles dactylos a clairement piqué notre curiosité) : « L’essence de la Maison Théâtre, ce qu’on fait, ça ne changera pas. Je veux par contre habiter les lieux différemment, offrir quelque chose de spécial ».

Si nous ne doutons pas que tous deux aimeraient rallier de nouveaux amateurs au terme de la saison, l’idée d’expérience et de rencontre demeurent à l’avant-plan. Monsieur Grégoire explique : « On ne fait pas du prosélytisme ici. On ne force pas les gens à aimer le théâtre. Par contre, on leur donne des moyens pour développer un sens de l’analyse. On aimerait que ceux qui n’aiment pas le théâtre sachent pourquoi ils n’aiment pas ça. Et il y a des spectateurs qui ne savait pas qu’ils aimeraient ça ».

C’est la possibilité de la rencontre. Pour moi, c’est majeur. Enfant ou adulte. Tu sors de chez toi, tu mets ton manteau, tu t’en vas à quelque part, avec d’autres et tu rencontres une œuvre. Et là, il y a quelque chose qui va se passer. Que ce soit les comédiens, les marionnettes, la lumière, le texte, le thème, la musique. Il est possible que comme spectateur quelque chose t’accroche. Il y a cette notion-là de rencontre et d’effort à travers des expériences esthétiques », d’ajouter Mme Labelle. « Les enfants sont totalement capables d’avoir du jugement sur ce qu’ils trouvent beau ou pas beau, ce qui est magique ou pas. Il y a des dizaines de façon de faire du théâtre, suffit de créer l’opportunité et la rencontre ».

La programmation 2017-2018 offre d’ailleurs des œuvres diversifiées ; il y en a pour tous les goûts et les groupes d’âges. Des histoires qui parlent d’amitié, de diversité, de confiance en soi, de bouleversement, et j’en passe. Le mieux est de consulter le site internet de la Maison Théâtre pour trouver l’œuvre qui vous parlera et qui conviendra à votre famille. À cet effet, Mme Labelle indique que « si les enfants ne sont jamais trop vieux, il sont parfois trop jeunes ». « On ne fait pas la police, mais c’est important de respecter la politique de l’âge minimum, demandé par les compagnies, pour maximiser l’expérience », d’ajouter Monsieur Grégoire.

Soulignons néanmoins le spectacle du temps des Fêtes qui risque d’être tout doux cette année (c’est qu’il est adapté de l’album de Jasmine Dubé, Ma petite boule d’amour, un beau coup de cœur), et Le porteur créé en 1997 qui revient pour une deuxième fois à la Maison Théâtre, riche de nombreux prix et toujours aussi envoûtant et magique.

Pour ceux qui s’inquiéteraient de la turbulence de leurs minis, ici ça n’embarrasse personne: « Il n’y pas d’école des spectateurs. Si le spectacle fonctionne, tu es cloué sur ton fauteuil et tu ne penses pas à faire autre chose. Il y a une sorte de régulation qui s’opère avec l’effet du groupe et sinon les artistes réussissent à composer avec ça » conclut Monsieur Grégoire.

Mona Lacasse

La programmation de la Maison Théâtre est disponible en ligne ici.  Plusieurs offres sont disponibles auprès des partenaires et les abonnements sont accessibles à partir de 13$ par spectacle.

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