Photo : Lara Herbinia

Le Belge Mathias Bressan est un habitué du Québec, lui qui y a joué à quelques reprises en plus d’y avoir enregistré, en partie du moins, ses deux albums. Le petit dernier, L’imprévu, sera justement lancé ce soir lors du Coup de cœur francophone. Nous avons posé cinq questions à l’auteur-compositeur-interprète pour nous permettre d’en savoir plus sur sa musique et sa façon de voir son art.

Qu’est-ce qui a eu la plus grande influence sur ton nouvel album?
L’envie de sortir de mes zones de confort, de pousser plus loin l’arrangement des chansons. C’est aussi la première tournée où je présente mes chansons derrière la batterie (avant, c’était guitare-voix), ce qui me donne l’impression d’être débutant à nouveau. Cela apporte de la fraîcheur. Je voulais chercher un nouveau son et j’ai alors rencontré Gil Mortio, un réalisateur belge de disque dont j’appréciais le travail. Il m’a fait triturer les pièces dans tous les sens, chercher des sons spécifiques, travailler les voix, le sens, le lâcher-prise. Au bout de la production, il m’a proposé de m’accompagner sur scène. Ce fut assez naturel et… imprévu à la fois. Cette belle rencontre a eu une influence déterminante dans la couleur de l’album.

Plus en général, quel est l’album/l’artiste qui a changé ta manière de voir la musique?
Impossible, pour moi, de répondre totalement à cette question. Je donnerais une réponse différente en fonction du jour ou de l’heure de la journée. Tentative de réponse pour aujourd’hui, à 17 h 54 : pour les textes, Les marquises de Brel, mais aussi Hubert-Félix Thiéfaine, qui m’a beaucoup marqué adolescent. Pour l’ambiance générale, Hypernuit de Bertrand Belin. The Doors. Par chez vous, Richard Desjardins, Louis-Jean Cormier, Pandaléon.

Quel est ton meilleur souvenir de scène au Québec?
Il y en a beaucoup. J’ai une histoire forte avec le Québec à plusieurs niveaux : personnel, amical, professionnel. Je mettrais une pierre blanche à mon premier Coup de cœur francophone en 2013. On avait joué à l’Esco. C’est un beau souvenir, j’avais présenté mon projet avec des amis musiciens québécois. On avait enregistré un album ensemble à Entrelacs, dans le chalet des parents de mon coloc montréalais, Emile Primeau, qui est batteur et un fou de chanson. J’étais au Québec à l’été 2012, notamment pour assister au premier forum mondial de la langue française. Il m’avait présenté à ses potes, Paul Audy, guitariste, et Antoine Rotondo, un ingénieur du son. Des autres très belles rencontres, fruits du hasard et qui ont mené, en 2013, au bouclage de mon premier disque, enregistré entre Entrelacs, Montréal et Bruxelles!

Quel événement/festival attends-tu avec impatience chaque année?
Je ne suis pas monomaniaque d’un événement ou d’un genre artistique en particulier. J’aime découvrir plein de choses, en dehors de la musique ou des festivals de musique. J’ai des amis musiciens bien plus érudits que moi, d’ailleurs. Mais si je dois en citer un, je dirais le festival Francofaune, à Bruxelles, dont je fus bénéficiaire du programme d’accompagnement professionnel. C’est un peu le festival de Cannes pour la musique d’expression francophone en Belgique. On va dire que je fayote car je connais bien l’équipe, maintenant. Mais ils se concentrent beaucoup sur l’émergence, prennent des risques dans leur programmation. Chaque édition est riche en découvertes et ça fait du bien. En Belgique, la place de la musique d’expression francophone belge dans le paysage culturel et médiatique est difficile. Nous consommons beaucoup de culture importée, à tous les niveaux. Un festival comme ça, c’est une bouffée d’air frais pour ce genre que j’affectionne.

Quelle chanson aurais-tu voulu avoir composé? Pourquoi?
Encore une question très difficile! Un jour ce sera The Partisan de Leonard Cohen, une chanson qui m’émeut à chaque écoute. J’aime la simplicité, apparente, de Cohen. La sobriété du discours. Les mélodies. Un autre jour, peut-être Tom Waits, tout l’album Alice que j’adore.

Pour le côté « en français » dans le texte, c’est plus simple, par contre : Est-ce ainsi que les hommes vivent, un poème d’Aragon, chanté par Léo Ferré. Un bijou que je peux aussi écouter avec la même émotion à chaque fois. « Est-ce ainsi que les hommes vivent? Et leurs baisers au loin les suivent… »

Le lancement de L’imprévu se fait ce soir, au Divan Orange, dès 22 h, dans le cadre de la 31e édition du Coup de cœur francophone. Mathias Bressan, ne sera pas seul : Laura Babin et Mélanie Venditti sont aussi au programme, pour une soirée qui promet d’être particulièrement éclectique. Pour les détails, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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