Marisol Drouin abandonne à contre-cœur un roman sur lequel elle travaille depuis plusieurs années. De ce projet avorté naît ce carnet d’écriture Je ne sais pas penser ma mort publié chez La Peuplade, un récit viscéral sur l’écriture, l’abandon et la création. Elle a accepté de répondre à nos questions dans le cadre de l’entrevue éclair.

Dirais-tu que tenir ce journal t’a permis de faire le deuil du roman que tu n’arrivais pas à écrire?

Oui. Il m’a permis de me consacrer à d’autres projets d’écriture. Mais il m’arrive encore de penser aux personnages du roman abattu! C’est fou. C’est pour toujours.

J’aimerais t’entendre sur un des sentiments les plus présents dans le récit : la rage. Comment as-tu trouvé l’exercice d’écrire sur ce sentiment?

Salvateur ?! J’étais tellement écœurée par plein de trucs. Indignée. Juste dire une bonne fois pour toutes l’enragement. Fouiller pour en connaitre l’origine.

 Quand as-tu su que ce carnet avait le potentiel d’être publié? Y a-t-il un moment où ta perception du projet a changé et où tu as senti que l’écriture en faisait tout autant?

Pendant que j’écrivais, je ne pensais pas à la publication. C’était une sorte d’expérience, de recherche. Juste le faire, écrire malgré ma voix de saboteuse. C’est après ; j’avais ce texte… Valait-il la peine d’être partagé ? J’en ai glissé un mot à mon éditrice. Que j’avais écrit un genre d’essai. Je lui ai parlé de ma peur de le retravailler. Ma peur d’en perdre l’urgence. Je voulais presque qu’elle le sauve de moi-même, de ma réécriture à l’os, de ma censure. Ce que Mylène Bouchard et Paul Kawczak ont fait en quelque sorte, avec beaucoup de générosité, de respect et d’engagement. Le livre existe grâce à eux.

J’ai trouvé ton livre foncièrement féministe parce qu’il expose une figure de la femme créatrice rarement prise au sérieux. T’attendais-tu à cette réception lors de son écriture?

 Non. Je ne m’attendais à rien. Comment savoir ?

Pour terminer, les réponses elles se trouvent dans les livres qu’on lit ou qu’on écrit?

 Les livres qu’on lit! L’écriture ne fait que déterrer des questions.

– Elizabeth Lord

Je ne sais pas penser ma mort, Marisol Drouin, La Peuplade, 2017.

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