Joël Casséus publie en cette fin d’hiver, un roman sublime aux éditions Le Tripode. Huit personnages doivent affronter les conditions arides d’un monde qui ne veut plus d’eux. À travers les montagnes de déchets et de métaux, une femme enceinte s’apprête à donner la vie, des petits jumeaux cherchent à sauver leur famille et des drones survolent ce paysage hostile. Entrevue éclair avec l’auteur de ce très réussi roman.

Le mot « crépuscules » est fort lorsqu’on aborde le thème de la fin du monde. Pouvez-vous expliquer le choix de ce titre?

Je n’aborde pas nécessairement le thème de la fin du monde dans le livre. La situation dans laquelle mes protagonistes vivent est proche de celle que peux vivre un grand nombre d’individus sur la planète. Le titre de crépuscules souligne la lente mais irrévocable disparition de l’espoir. Dans le roman, les nombreux crépuscule sont présentés par le point de vue de chacun des personnages, afin de souligner la façon dont ce désespoir est propre à chacun, leur inlassable répétition vient souligner l’urgence et marquer une progression dans l’abdication des personnages. Mais Crépuscules est avant tout un roman sur la résilience, et les personnage trouvent la force de continuer malgré tout.

Comment pourriez-vous qualifier votre écriture?

Je ne sais pas si j’ai une forme de constance dans mes livres. Il va de soi que les premiers romans écrits avec Mathieu Blais sont différents de ceux que j’ai écrit seul par la suite. Mais, en dehors du fait que je n’aurais pas pu écrire les romans suivants sans l’expérience enrichissante avec Mathieu. Je pense que je garde, tout comme lui, en priorité de traiter de thèmes sociaux, engagé, dans mes romans. C’est peut-être la seule constance. Dans Crépuscules, je le fais avec une écriture parcimonieuse, exaltant les émotions au détriment d’une explication psychologique et des descriptions, ce qui cherche à faire plonger le lecteur dans l’ambiance particulière du roman.

D’où vous est venu l’idée de ce monde, et comment l’avez-vous élaborer?

Le monde du roman s’est déployé autour des effets, des émotions que je voulais créer. J’ai déjà exploré l’idée de personnages vivant dans des déchets ou dans des bidonvilles avec Mathieu dans notre roman L’esprit du temps et par la suite dans mon roman Le roi des rats. La différence est peut-être que le monde de Crépuscules est plus restreint, et qu’il opère comme un huit-clos étouffant. Ce sont les thèmes qui créent le monde du roman.

Dans quel état d’esprit doit-on se mettre pour arriver à calquer si parfaitement l’ambiance si particulière du roman ?

C’est un peu une question piège puisque y répondre sans précaution donnerait l’impression que j’ai réussi parfaitement à calquer l’ambiance, ce que je ne peux pas affirmer, puisque l’auteur est souvent incapable de prendre le recul objectif nécessaire à une telle évaluation. Mais pour répondre à votre question, je pense qu’il faut être capable de se mettre dans la peau de ses personnages, de comprendre leur vécu qui explique la cohérence de leurs actions, c’est de réduire l’étrangeté par l’empathie.

– Elizabeth Lord

Crépuscules, Joël Casséus, Le Tripode, 2018.

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