Crédit photo : Yannick Grandmont et Sonya Stefan

Vingt-quatre écrans de télévision. Devant, une femme se meut au rythme d’une musique électro prenante, presque inquiétante. La table est mise pour anOther de la compagnie Animals of Distinction, spectacle entre performance, concert et l’installation de Dana Gingras en collaboration avec l’artiste multimédia Sonya Stefan et le duo Group A. Entrevue avec une créatrice inspirante.

Dans anOther, les artistes explorent notre rapport au corps. « On s’interroge sur la manière dont le corps est possédé et même défragmenté à travers le capitalisme. On se penche surtout sur la façon dont cette image nous est envoyée », explique la chorégraphe, vidéaste, interprète et professeure Dana Gingras.

C’est en regardant le film Possession d’Andrzej Żuławski (1981), dans lequel Isabelle Adjani livre une prestation époustouflante, que les artistes ont trouvé un point de départ à anOther. « Sonya et moi, on a été très troublées par cette oeuvre. Isabelle Adjani exprimait clairement la possession physique. C’était une performance si féroce! On a utilisé cette prestation comme inspiration, en la fragmentant, en la redéfinissant. »

C’est dans cette optique que les téléviseurs prennent tout leur sens sur scène. « Sonya et moi, on a une fascination pour tout ce qui est low fi. J’aime interroger notre rapport à la technologie, et nos corps à travers cette technologie. Comme performatrice, je revendique ma propre identité, et donc mon propre corps. Et mon rapport à mon corps dans cette prison de miroirs, de réflexions. Je ne me sens pas comme une victime, ça m’entoure, mais c’est une manière de prendre un contrôle par rapport à mon propre corps. C’est pourquoi je danse. Notre identité nous est toujours renvoyée en pleine face. C’est une relation complexe, que tout le monde doit gérer à sa manière. D’ailleurs, je suis très consciente que les hommes aussi vivent ces réflexions. On se demande tous où se trouve le vrai. »

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Selon Dana Gingras, la création s’est faite de manière très organique. « On a tous créé ensemble, en répondant aux idées les uns des autres. On a passé beaucoup de temps à improviser, à explorer. C’est certain que le travail en groupe est plus confrontant, mais ça nous a permis de sortir de nos zones de confort. »

On vous le donne en mille : si la danse, l’art visuel, la musique et bref, les oeuvres riches et complexes, vous interpellent, vous ne voulez pas manquer anOther à l’Agora de la danse. « Ce spectacle est vraiment un hybride. On a créé un monde, et on espère qu’il sera attirant pour les spectateurs. »

– Mélissa Pelletier

anOther, du 4 au 14 avril 2018 à l’Agora de la danse. Pour toutes les informations, c’est ici.

* Cet article a été écrit en collaboration avec l’Agora de la danse.

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