Photo : LePigeon

Le 18 avril prochain, l’artiste électronique montréalais CRi, de son vrai nom Christophe Dubé, assure la première partie du spectacle de Moderat. Ce n’est pas la première fois que le jeune manipulateur de sons partage une scène avec la formation berlinoise. Ce fut un hasard la dernière fois en mai 2016, mais sur ce coup-ci, il a été appelé par le groupe : un honneur qui ne se refuse pas.

Mais qui est ce jeune compositeur qui vient de sortir Someone Else, son quatrième EP, et qui connaît un succès quand même notable depuis ses débuts en 2012? Pensons à plusieurs prestations à des festivals tels qu’OSHEAGA, à une récente mini-tournée américaine, à des clips à l’esthétique épurée… Rencontre avec celui qui a pris ses premiers plis en rappant, mais qui ne savait pas chanter.

« J’avais 16 ans et avec des amis, on chillait dans des parcs. Et on a commencé à rapper, raconte-t-il. De fil en aiguille, les choses se sont définies. J’expérimentais et de plus en plus, je commençais à comprendre ce que je faisais. Et la musique électronique s’est comme révélée en moi. »

Il est aussi la preuve que les études ne nous définissent pas, car il en a d’abord entreprises en science politique, pour ensuite se tourner vers les musiques numériques à l’Université de Montréal. Petite déception quant au programme qui était trop théorique selon lui, mais tout de même conséquent dans son parcours. « C’est un bon programme pour apprendre la programmation et surtout la philosophie des sons. On avait des cours de typo morphologie sonore qui nous apprenait à réellement écouter les sons, les comprendre et à pouvoir les inclure dans des contextes qui ont du sens. »

Définir son chemin

Des influences, le DJ autodidacte en a : Caribou, Jamie XX et Jacques Greene pour ne nommer que ceux-là. Seulement, lorsqu’on lui demande s’il a des modèles, le jeune homme émet une réserve. « J’essaie de me distancer des modèles pour pouvoir découvrir mon propre son et ma propre sensibilité, sinon si tu commences à idolâtrer quelqu’un, tu finis par vouloir être lui. » Il croit qu’on peut s’inspirer des styles, les ressentir tout en restant authentique dans sa démarche.

Il ne se voit pas encore lui-même comme un modèle, étant en pleine recherche de son identité artistique. « Il y a des jeunes qui m’approchent et qui veulent connaître ma démarche. Ça me fait plaisir, mais en même temps, je n’en connais pas assez pour transmettre quelque chose de consistant. Je suis encore en expérimentation. » C’est en même temps sage comme approche. Une chose est par contre entendue : les gars de Moderat sont des dieux. « Ce sont les meilleurs. Je serais curieux d’aller en studio avec eux et comprendre leur pratique, voir ce qu’ils font. Ils pourraient me transmettre plein de choses. »

Un mélancolisme persistant

L’univers musical de CRi est résolument dans un registre planant, introspectif avec des pièces plus entraînantes. On écoute « Eclipse », « Oda », « Tell Her » et le dernier en date de la production de l’artiste et on ressort avec cette impression d’avoir voyagé quelque part de lointain. « C’est quelque chose qui est plus fort que moi, on dirait que je ne suis pas capable de faire de la musique heureuse. Ce n’est pas que ma musique est malheureuse, c’est juste qu’elle est mystique, émotionnelle, mélancolique. » Par contre, ça peut bien s’écouter sur une plage, sourit Christophe.

C’est donc ce que nous retrouverons sur la scène du Metropolis le 18 avril prochain avec de nouvelles chansons et une expérience différente qu’avec des pièces enregistrées en studio. En attendant, on profite de la sortie du vidéoclip « Rush », réalisé par Didier Charrette. Un portrait de documentaire de la ville de Fermont située dans le Grand Nord qui devient petit à petit une ville fantôme. « Elle a été construite uniquement pour la mine de fer qu’il y a là-bas. Il fait tellement froid et il y a tellement de vents intenses, ils ont construit un énorme mur qui protège la ville. Dans ce mur-là, toute la vie de la ville s’y retrouve. » L’artiste avoue avoir voulu montrer la solitude qui se cache dans cette manière de vivre.

Rose Carine Henriquez

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CRi sera en première partie de Moderat le 18 avril au Metropolis dans le cadre du 19e anniversaire du promoteur de spectacle NEON.

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