Crédit photo : Courtoisie Marc Boivin

J’ai fait la rencontre d’un créateur dans l’âme dans un atelier bordélique et parfumé par de multiples tissus. Un homme qui a passé sa vie à fabriquer des costumes pour l’amusement de tous. Des têtes vides et multicolores portent sa signature aux quatre coins du monde. Rencontre – informelle – avec Marc Boivin, président fondateur de ACMÉ International Mascottes.

Un matin avec un homme simple qui aime ses chiens comme ses enfants.

Aller! Entre! N’hésite pas!», m’a-t-il dit de la fenêtre du rez-de-chaussée.

Je me suis présenté à la porte de son atelier. En entrant, deux chiens moyennement fous ont fait mon accueil… et j’aime les chiens. « Lui, c’est mon sauteux et lui, c’est mon colleux ». L’homme qui m’accueille est de petite taille, a les cheveux grisonnants et un regard bleu de mer. Il m’a demandé d’être le mannequin d’un jour pour l’aider à la création d’une de ses œuvres. Il ne jugeait pas du tout mes tatouages. Il voulait seulement les six pieds de ma longueur et mes grands bras comme mesures. Un homme gentil quoi!

En 1985, il a commencé bêtement lorsque quelqu’un, connaissant ses talents, lui avait demandé de lui fabriquer une mascotte. J’imagine aisément qu’il n’aurait jamais cru en faire sa vie. J’avais donc devant moi celui qui avait fabriqué les mascottes de plusieurs écoles au Nouveau-Brunswick, pour des équipes d’animation à Dubaï, pour des corps policiers, pour des festivals et bien plus. « Même que j’ai déjà fait un costume pour une danseuse. Un genre d’armure de guerrière. Bah! C’était son trip. » En riant, il ajoute « J’ai fabriqué aussi les têtes du maire de Montréal et celui de Québec pour un syndicat. »

Sculpteur de formation, il me montre avec fierté ses créations; près d’une cinquantaine de mascottes prêtes à l’amusement. « Je sculpte à la main toutes les créations. Ici, c’est un atelier de création. Ce n’est pas tout le monde qui aime ça. Ils ont tendance à trouver l’endroit trop bohème peut-être. En tout cas, j’aime dessiner et écrire dehors près de mon moulin à eau en compagnie de mes chiens et de mes poissons. C’est zen. » Effectivement, un boisé à l’arrière de la maison, un ruisseau et de grandes fenêtres pour tout observer servent de décoration sur le côté de son atelier.

Marc Boivin me montre ensuite le processus. Le vrai. Il taille tout avec une lame sans manche différentes mousses et différents tissus. «C’est pour bien sentir les lignes du patron. » Il parle avec son matériel et ses outils. Un peu silencieux, je le regarde avec attention. Sa concentration et son regard sont admirables.

Poursuivant sa visite guidée, M. Boivin, un Bleuet d’origine, se promène dans son atelier en pointant du doigt toutes sortes de bidules et de machins. «Ici, pratiquement tout est recyclé ou fait à partir de matériel recyclé.» Il me raconte qu’il fallait même parfois qu’il fasse la liste des matériaux recyclés pour que les organisateurs d’événements en fassent la nomenclature auprès des partenaires et des invités. « Jusqu’aux petits bouts de retailles de mousse. Tu vois, ça, c’est pour nettoyer les fauteuils et les tissus. Tu peux en prendre un. C’est très utile. » J’étais trop gêné pour le faire.

Pour faire une mascotte, il faut penser à tout. « Il faut penser au transport. Si ce n’est qu’une seule pièce de mousse, personne ne pourra la transporter. Encore faut-il aussi que la personne qui s’occupe de l’animation soit capable de porter le costume et d’y être confortable. Plus encore, il ne faut pas que la mascotte blesse les enfants (…) » L’expérience qui parle. L’expérience de 30 ans dans le métier. « Mine de rien, personne ne connaît ce domaine. Pourtant, je suis le seul de ma cohorte du Cégep à vivre de mon art! »

« De toute façon, l’important pour moi, c’est la magie. Les enfants ne doivent pas voir un humain, mais bien un personnage. Un chien, une chaussure, un ours ou un dauphin… Tout le monde aime les mascottes. C’est sacré. Il faut que ça reste magique. » J’ai quitté l’atelier en disant des bye bye chaleureux au sauteux et au colleux. Je savais que ce n’était pas leurs vrais noms, mais j’aimais les rebaptiser.

Je regrettais de ne pas être suffisamment habile de mes mains. Il pleut et tout est gris au mois de mars. Pourtant, M. Boivin était entouré de couleurs. Dans un monde où il offre conception, fabrication, animation et spectacles de mascottes, qu’est-ce qui pourrait être triste? L’art au service du ludique. Celui qui est léger. Celui qui fait sourire grands et petits. C’est dommage que tout cela soit méconnu. Puisque que c’est sûrement vrai dans le fond, l’art peut être magique.

Rousseau P.

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