«Ça me dit quelque chose on dirait…» En effet, vous avez peut-être eu l’occasion de feuilleter le livre du même nom, paru en 2007 chez Les Éditions du Passage. Éloges, une série d’entretiens où l’on suit en photographies et confidences des comédiennes québécoises de leur arrivée en loge à leur entrée sur scène. Pourquoi des comédiennes? Parce que, comme Martine Doucet l’explique en préface de son livre : «ce sont des femmes qui aiment être observées».

Tout en vous recommandant chaudement le livre, je vous invite, maintenant que vous avez l’opportunité, à aller admirer une sélection de la série éLoges ainsi que des épreuves d’un projet ultérieur au livre, réalisées dans le même esprit et répondant à cette même pulsion d’observation et de promiscuité, alors que Martine Doucet s’est introduite dans les coulisses de la production en cours du classique québécois: Les Belles-Soeurs, de Michel Tremblay.

La comédienne est appelée à se renouveler sans cesse, à jeter de la poudre aux yeux du spectateur en lui offrant un reflet d’elle-même, un versant de sa personnalité qu’elle amplifie ou amoindrit au besoin jusqu’à une parfaite appropriation. Ce reflet qu’elle peaufine des mois durant, elle le revêt dans sa loge, alors que, tranquillement, elle se prépare à laisser la place à une autre sur scène. Cet espace de transition est crucial chez cette artiste qui aime capturer l’évolution de la posture, des mimiques et, par-dessus tout, du regard de la comédienne au fil de sa transformation.

Si les sujets de ses œuvres se préparent à une représentation, la photographe ne leur impose aucune mise en scène lors de ses séances. Le regard, jamais dirigé vers l’objectif, est saisi au passage à travers un ou plusieurs miroirs. L’illusion est conservée : comme lors d’une prestation, le regard n’est pas réciproque, même si chacun en a l’impression. L’intimité du lieu ainsi contrée par l’approche, rappelle que, malgré les ressemblances qui nous lient et l’humanité de ces femmes, elles demeurent dans la zone de l’intangible, de la non-réciprocité.

À travers ces miroirs et cette petite routine que nous exécutons toutes devant lui, on rencontre plusieurs types d’attitudes. Dans les yeux tantôt le doute, tantôt l’appréciation; dans les gestes et la composition: la dynamique, l’énergie et la proximité qui règnent au sein d’une troupe.

Et parce que, comme j’ai entendu Martine Doucet dire à une copine lors de son vernissage: «Ça fait tellement différent de voir mes photos ainsi, leur format change complètement la dynamique», je vous convie à faire un petit détour par l’espace culturel Georges-Émile Lapalme la prochaine fois que vous passerez par le Quartier des Spectacles.

– Vickie Lemelin-Goulet

éLoges s’expose (avec inédits)

Martine Doucet

Du 3 novembre au 2 décembre 2012

Espace culturel Georges-Émile Lapalme, Place des Arts