Oubliez les histoires où les humains sont conquis par des machines avec des fusils et de gros engins sophistiqués. C’est de la bouillie pour chats. C’est de la science-fiction pour les mordus de testostérone à deux neurones. Ce n’est pas de cette façon qu’ils nous auront. Ils nous auront par les sentiments. Le réalisateur d’Adaptation, Spike Jones, l’a compris. Il signe avec Elle, un drame amoureux tragi-comique situé dans un Los Angeles aux allures de Shanghai, dans un futur pas si lointain et surtout très probable.

À la ville comme à la plage, Theodore est connecté à Samatha. Il garde sa copine dans son oreille et lui fait voir son monde par sa poche.

À la ville comme à la plage, Theodore est connecté à Samatha. Il garde sa copine dans son oreille et lui fait voir son monde par sa poche.

Theodore Twombly (Joaquin Phoenix formidable et d’une sensibilité extrêmement fine) est un homme solitaire et endeuillé suite à une peine d’amour. Lorsqu’il s’approprie le tout nouveau système d’exploitation personnalisé, intelligent et intuitif, qui l’aidera à régler sa vie à distance, il découvre Samantha (la voix suave de Scarlett Johansson). C’est à ce moment que d’un coup de dé, une nouvelle avenue amoureuse entre en jeu. Theodore ouvre alors son intimité blessée à cette voix à portée de doigt. L’amour rend aveugle.

Tout se passe dans le visage de Phoenix qui commande notre attention. La direction d’acteur est à ce titre extrêmement bien définie et l’acteur bien choisi. La balance entre le drame et la comédie est juste et l’on ne tombe jamais dans le mélodrame. Jonze pousse plutôt une réflexion fascinante sur l’intimité, l’interaction humaine et l’intelligence artificielle. La voix feutrée de Johansson joue entre l’émerveillement enfantin et la maturité de brillante façon. Il est à noter que la voix initiale était celle de l’actrice britannique Samantha Morton (Cosmopolis, Morvern Callar), qui était présente sur le plateau lors du tournage. C’est lors du montage que le réalisateur a fait le choix d’engager Scarlett Johansson. Morton est resté au générique avec un crédit de productrice exécutive.

Projetée pour la première fois en clôture du Festival des films de New York en octobre dernier, Elle est la première œuvre écrite entièrement par Spike Jonze, qui prête d’ailleurs sa voix à un personnage de jeu vidéo dans son film. Tout autour de Theodore est idyllique et à porter de main, pourtant il est seul, même si ses amis dont Amy (Amy Adams, naturelle), son travail et des collègues gravitent à proximité de lui. La création du monde futuriste est très inventive, sans être très loin de notre univers présent. Jonze est un enfant dans un corps d’adulte et il ne cesse de partager ses univers et fantaisies de façons habiles.

Photo 3La direction photo de Hoyte Van Hoyteman (La taupe, Le coup de grâce), dont le prochain film est le très attendu Interstellar de Christopher Nolan, est des plus appropriée. Il nous offre une atmosphère dans les tons pastel, entre le futurisme et les années 1970, comme des polaroïds aux tons délavés. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout s’amalgame. Du côté musical, l’univers de l’œuvre est appuyé avec justesse par Arcade Fire (rien de moins!), qui signe la musique originale.

Un autre film de qualité pour les productions Annapurna, présidée par Megan Ellison (The Master, Zero Dark Thirty), la grande force de la production hollywoodienne depuis 2011. Un film où les petits détails et la sensibilité poussent à la réflexion. N’est-ce pas ce qu’une œuvre devrait faire de nature?

Pour continuer le voyage dans le monde d’Elle, vous êtes invités à visiter le blogue Everything about Everything, où l’on retrouve les influences et inspirations du film.

– Julie Lampron