Crédit photo : Mickaël Tétrault-Ménard

Parce que comparer les points de vue et confronter les idées, c’est notre dada au webzine Les Méconnus (et on aime ça se gâter) : deux journalistes chevronnées se sont rendues à la Maison de la culture Maisonneuve pour assister à Entre deux chiens tête en bas (je veux vivre ma vie en temps réel) dans le cadre de ZH Festival. Alors, accord total ou visions totalement différentes? Juré craché, Edith Malo et Mélissa Pelletier ne se sont pas lues mutuellement avant publication. Place aux critiques (en ordre alphabétique, excusez-nous pardon)!

Le point de vue d’Edith Malo

Thé glacé à la main, le spectateur prend place sur l’un des napperons disposés sur le plancher. Trois acteurs habitent l’espace : un homme portant des plâtres aux bras et un collier cervical, une femme campée dans sa chaise longue, rondelles de concombres sur les paupières et enfin, un homme vêtu d’un peignoir dont la tête est surmontée d’une face bonhomme sourire.

D’entrée de jeu, la vidéo qui débute sur l’écran donne le ton de la pièce. Une comédienne s’adresse à la caméra à la manière d’une conférencière proférant des conseils pour accéder au bonheur, sortant des grands mots savants tels que l’« équanimité ». « Rien n’a de valeur, ni positif, ni négatif […] Faut être au présent».

Avec dérision et humour, les témoignages se succèdent. Le cycliste mal en point parle de l’adrénaline que lui procure ses balades à vélo l’hiver, de ses tentatives infructueuses de croiser le regard de l’autre versus le regard qu’il pose sur lui-même. Une autre tente de libérer son esprit par l’entremise du yoga alors que des statistiques sur les chances de mourir défilent en voix off. Quant au bonhomme sourire, il est probablement le plus cinglant des trois. Il s’attribue d’ailleurs la fonction de trouble fête en abordant le vide et la dépression. « J’ai pas de culture, pis je m’en câlice. Je suis vide », ironise-t-il au sujet d’une « grosse » au centre local d’emploi qui chiale sur sa condition et ses difficultés à trouver un emploi en raison du rôle de mère qu’elle assume à temps plein depuis cinq ans.

Ce personnage agit comme un coup de poing en pleine gueule visant notre génération hyper connectée, centrée sur elle-même, qui exhibe sa vie à coups de statuts quotidiens insipides et « gargantuesques en termes de sous-entendus » sur Facebook. Ce personnage frondeur aux répliques tranchantes est rafraîchissant parce que, sans nécessairement déposer une réflexion profonde, sa véracité est tout de même dérangeante. « J’aimerais ça être révolté par ce que je suis […] mais on s’est tous déjà dit qu’on serait mieux pauvre, ignare et illettré ».

Si vous aimez être dérangé et confronté, ou simplement rire devant l’absurdité, cette pièce d’une heure seulement, qui est encore en peaufinage, est un excellent divertissement. Sa force réside également dans les questions et réflexions qui émergent sans pour autant présenter des réponses définies. À mon avis, le propos saura résonner, ou du moins, donner une certaine impulsion de vivre de façon authentique, « en se libérant de l’autocritique » comme dirait la conférencière. (Ceci est un clin d’œil à prendre avec parcimonie). Bref, assister à Entre deux chiens tête en bas (je veux vivre ma vie en temps réel) c’est comme assister à un feel good movie. À coup sûr, le spectateur sortira avec un sourire aux lèvres.

Le point de vue de Mélissa Pelletier

Vous êtes-vous déjà senti vide? Avez-vous déjà eu l’impression que la vie n’a tout simplement aucun sens? C’est bien possible : vous êtes un humain. Que faire alors pour aller mieux, pour trouver une ligne à un chemin qui a tendance à constamment zigzaguer? C’est ce que le collectif Grande Surface tente de comprendre avec le laboratoire Entre deux chiens tête en bas (je veux vivre ma vie en temps réel) dans le cadre de ZH Festival, sorte de conférence sur la recherche du bien-être mêlée à une critique frontale de la technologie qui prend beaucoup trop de place dans nos vies.

C’est dans une petite salle au deuxième étage de la Maison de la culture Maisonneuve que le public est invité à s’installer, dans une ambiance qui rappelle le côté quétaine des spas. Petit thé glacé à la main, les spectateurs s’assoient sur des coussins disposés à même le sol. Petit vent de panique dans la salle. « Oh non! Pas s’asseoir par terre. » « Ouf, ça va être long… » « Ouch, ouch! Fais attention! » Bon, la fameuse zénitude recherchée n’était pas nécessairement au rendez-vous. Les trucs de Grande Surface allaient-ils aider la salle à retrouver la paix intérieure?

Et c’était bientôt parti pour un tour, entre projections vidéo et performances sur fond de Who can say d’Enya. (Oui oui.) On découvre une femme perdue qui tente par TOUS les moyens de relaxer entre yoga, méditation, indulgence envers elle-même ; un homme qui voit dans le vélo d’hiver un moyen d’affronter le regard de l’autre, et le sien sur lui-même tant qu’à y être, et un autre individu portant un masque de bonhomme sourire, la représentation même de celui qui ne s’est jamais posé de questions «I’ll take a can of tuna and I’ll drink myself to sleep!». Point fort de la pièce, cette scène apporte le dynamisme qui manquait un brin depuis le début. Dans un discours senti, cassant, le personnage met de l’avant l’absurdité du monde, incapable toutefois de proposer une piste de réflexion qui en vaudrait la peine. Parlant.

Si la proposition du collectif est intéressante, elle en est bien sûr à une première étape de création. Est-ce que le potentiel est là? Oui, mais les bémols aussi. L’idée de base est intéressante certes, mais elle a déjà été abordée par tous les angles (ou presque). Dur de tirer son épingle du jeu en s’interrogeant sur le sens de la vie… Entre idées éclairantes et clichés, les créateurs arrivent tout de même à faire rire, et à mettre le doigt sur des questions importantes. Pour les solutions, si elles existent un jour, on a aussi hâte que vous de découvrir l’oeuvre sous une autre lumière.

Edith Malo et Mélissa Pelletier

Entre deux chiens tête en bas (je veux vivre ma vie en temps réel)
Textes, idéation et scénographie : Jérôme Bédard, Chloé Barshee, Véronique Lachance, Joanie Poirier, Claudie
Gagnon, Claire Renaud et Mickaël Tétrault-Ménard
Interprétation : Jérôme Bédard, Joanie Poirier et Mickaël Tétrault-Ménard
Troisième oeil : Audrey Leblanc

ZH Festival, ça se passe du 7 juillet au 12 août 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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