Crédit photos : Mathieu Doyon

Parce que comparer les points de vue et confronter les idées, c’est notre dada au webzine Les Méconnus (et on aime ça se gâter) : deux journalistes chevronnées ont assisté à la première de L’Effet Hyde au Théâtre Aux Écuries. Juré craché, Rose Normandin et Mélissa Pelletier ne se sont pas lues mutuellement avant publication. Alors, accord total ou visions totalement différentes? Place aux critiques (en ordre alphabétique, excusez-nous pardon)!

Le point de vue de Rose Normandin

Le Théâtre de la Pire Espèce est un joueur important sur la scène du théâtre d’objets et de marionnettes. Il était donc normal de s’emballer pour leur adaptation du célèbre roman de R.L. Stevenson qui promettait d’apporter une dimension nouvelle au bon Dr Jekyll et son doppelgänger Mr Hyde. En effet, avec l’utilisation de tels procédés narratifs, impossible de croire que l’imagination serait limitée par le médium.

D’abord, il faut dire que les thèmes du roman sont encore très riches aujourd’hui, et il serait facile d’y puiser quantités de réflexions sur la dualité interne (bien sûr), mais également sur la violence, sur la gestion des pulsions, sur la civilité, sur la société moderne et sur la nature humaine. Malheureusement, on ne peut pas dire que la création de Marcelle Hudon et de Francis Monty s’élève au-dessus de la simple exposition des faits diégétiques. Ici, pas vraiment de prise de position originale, seulement de la fascination pour le récit. Pour ceux qui ne connaissent pas l’œuvre, d’accord, mais ceux qui voudrait une certain fraîcheur risquent de rester sur leur faim.

Ensuite, il y a les petits détails qui, à force d’accumulation, nous donnent l’impression que le spectacle n’est pas tout à fait achevé. Le texte est un peu confus et gagnerait à être poli. Le jeu des comédiens n’est pas toujours égal, ce qui nous empêche de profiter et de s’amuser des nombreux niveaux proposés. Les jeux d’ombres manquent de précisions et certains temps morts nous font décrocher.

Par contre, la facture visuelle est intéressante, en ce qu’elle rend hommage aux illustrations victoriennes. L’attention donnée aux différents décors, aux personnages et aux accessoires offre un régal d’éléments à analyser. Il est dommage que l’ensemble de la pièce n’offre pas la même qualité de fini.

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Le point de vue de Mélissa Pelletier

« Je pense que c’est un show sur la dualité! » de lancer un jeune homme en sortant de la première de L’Effet Hyde du Théâtre de la Pire Espèce. Quand on sait que la pièce est une adaptation de L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson (1886), ça revient un peu à la même chose que d’affirmer que le ciel est parfois bleu et que ce qu’on respire, c’est de l’oxygène. Loin de moi l’idée de me moquer de ce spectateur peu averti : je trouve plutôt que son commentaire était très parlant.

Sur scène, Bernard Falaise, Louis Hudon, Marcelle Hudon et Francis Monty nous racontent l’histoire du Dr Jekyll, cet homme qui arrive à se dédoubler grâce à une potion mystérieuse, entre marionnettes, divers objets et jeux de lumière. Avec une imagination débordante, les artistes ont réussi à trouver une manière pertinente de réinventer ce récit qu’on a déjà entendu à toutes les sauces.

Malgré toute la bonne volonté de Marcelle Hudon et Francis Monty, l’adaptation est malhabile, difficile. Oui, Monty habite la scène d’une manière incroyable. Oui, Marcelle Hudon a un talent indéniable. Oui, les créateurs arrivent à créer des moments de beauté pure. Mais c’est cette richesse dans la scénographie et dans la mise en scène qui ironiquement, devient trop lourde. Comme si la pièce passait à côté de l’histoire même à force d’ajouter des couches d’interprétation. Ce qui explique le commentaire du pauvre confus, qui a dû se questionner sur le récit plus souvent qu’à son tour pour en arriver à cette réflexion si… simple?

Dommage, puisque cette proposition promettait énormément. Tellement, qu’on espère que la pièce sera retravaillée pour atteindre tout son potentiel. Si notre voeu se réalise, on sera dans la salle. C’est certain.

Rose Normandin et Mélissa Pelletier

L’Effet Hyde, du 6 au 24 mars 2018 au Théâtre Aux Écuries. Pour toutes les informations, c’est ici.

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