Créer et partager son art avec le public, un but noble et partagé par la majorité des artistes, non? Vous êtes-vous déjà demandé ce qui fait qu’on voit un.e artiste partout, alors qu’un.e autre, autant sinon plus talentueux, reste dans l’ombre? Plusieurs raisons peuvent l’expliquer, mais entre autre l’image que cet artiste projette, et ce qu’il fait vivre et ressentir au public, y sont pour beaucoup! Mais comment ça fonctionne? Comment est créée cette image? Qui la crée? Alors qu’Audrée Loiselle nous éclaire en ce moment sur le métier de relationniste avec sa chronique L’après, phare sur le monde des relations publiques avec Alexandra Turgeon, qui se spécialise en communications et en relations publiques depuis ses débuts. À go, on lève le voile. Ok, go. 

Dans la vie, je fais des relations publiques. Je l’aime ma job. Je travaille principalement dans le domaine de la culture ; j’aide des artistes et des artisans à rejoindre leur public et à pouvoir continuer à exister, en utilisant les mêmes stratégies dont je parle ici. Je pense que c’est crucial pour un.e artiste d’avoir des communications efficaces pour pouvoir rejoindre son public. Je ne considère pas faire partie d’un grand complot pour la désinformation des Québécois. Mais je vois tellement de choses effrayantes dans les médias de toutes sortes, mes journées sont meublées de tant de facepalms devant les actualités quotidiennes… Mes années de formation et d’expérience professionnelle font que je ne peux m’empêcher de voir les coulisses de ce qu’on nous lance et qu’on reçoit sans poser de question. J’aimerais qu’on puisse être plus vigilants, que ce soit moins facile de jouer avec nos têtes, nos coeurs et nos porte-feuilles. Laissez-moi vous expliquer.

Ah, les relations publiques, ce monde mystérieux dont on sait si peu de choses, et dont on pense généralement peu de bien! Un domaine méconnu (héhé), mais qui a tellement d’influence sur ce qu’on voit, ce qu’on sait, ce qu’on ignore, ce qu’on aime et ce qu’on fait. Ça vaudrait peut-être la peine de comprendre comment ça fonctionne? Ce que je vous propose ici, c’est de tenter d’y voir plus clair dans cet épais brouillard, et peut-être qu’on sera plus de membres dans le club de celle.eux qui s’en font pas passer de p’tite vite!

OK. En fait, de quoi on parle? Qu’est-ce qu’on fait quand on fait des relations publiques?

Entre autres – et c’est ce qui nous intéresse ici – on crée et on entretient une « image ». On établit la façon dont on veut que le public perçoive un produit, une compagnie ou un organisme, ou même une personne. On crée une ligne directrice qui va déterminer comment, où, quand et pourquoi ce produit, compagnie ou personne va apparaitre dans la sphère publique. Et pour que l’image soit efficace et qu’on y croit, toutes les sorties publiques de ce produit, compagnie ou personne devront être incroyablement cohérentes avec cette ligne directrice.

Concrètement, ça se passe comment?

Pensons à une compagnie qui vend des chapeaux. Elle n’est pas toute seule, il y en a plein d’autres. Comment faire pour sortir du lot et attirer une clientèle suffisante pour survivre? Bien sûr, en offrant un produit de qualité supérieure à un prix concurrentiel. Mais ce ne sera pas suffisant, l’offre est trop grande. Outre ça, elle devra créer une image unique qui va générer intérêt, respect et confiance chez ses acheteurs potentiels, pour qu’ils la placent sans équivoque dans une catégorie à part, au top du podium. Comment? En identifiant sa cible, et en lui parlant de ce qu’elle veut entendre, où elle veut l’entendre, quand elle veut l’entendre.

Une compagnie de chapeaux en pneus recyclés super abordables avec zéro impact environnemental ne s’adressera pas au même public qu’une compagnie de chapeaux en poils de visons du Canada à 2 000 dollars l’unité. On ne verra pas ces deux compagnies dans les mêmes médias, elles ne s’adresseront pas au public sur le même ton, ne feront pas le même usage des médias sociaux, ne s’associeront pas aux mêmes personnalités connues ni aux mêmes causes sociales, ne publieront pas le même type de photos, etc. Et ce n’est pas un hasard. C’est là tout l’art des relations publiques et de la création d’image. Tout est réfléchi et établi avec énormément de soin. Et le plus beau, c’est que quand c’est bien fait, ça marche tellement bien.

L’écolo avec peu de moyens va être impressionné et content qu’une compagnie de chapeaux partage des nouvelles d’Équiterre sur sa page Facebook en s’adressant à lui sur un ton convivial et du fait qu’elle ait Steven Guilbeault comme ambassadeur. Il va être porté à avoir confiance en cette compagnie, et va peut-être considérer ce chapeau de pneus recyclés quand il en aura besoin d’un neuf.

La femme d’affaires qui possède deux chalets, trois autos et un majordome risque d’être titillée en voyant dans le iFly KLM Magazine que Kate Middleton a porté un tout nouveau chapeau en poils de visons du Canada lors de sa dernière collecte de fonds. Elle va sans doute aller faire un tour dans les boutiques de Sainte-Catherine pour voir ça de plus près, dès son retour de croisière en Scandinavie.

La création d’une image de marque passe par énormément de détails. Les professionnel.les qui appliquent leurs stratégies doivent être certain.es de bien évaluer leur public cible et de déterminer correctement leurs objectifs, sinon il y a un risque de passer complètement à côté et de perdre temps, argent et acheteurs potentiels.

Mais une analyse précise et un plan (la ligne directrice dont on parlait) bien établi et respecté iront toucher droit au coeur le public ciblé, gagneront sa confiance, et à ce moment-là, ils pourront lui faire faire tout ce qu’ils veulent. Mais ce ne serait pas de la manipulation en fait tout ça?

C’est ça l’affaire. Mais oui, bien sûr. C’est pas la fin du monde quand on parle de chapeaux, on s’entend, mais cette logique est appliquée à tout. Tout. Tout. D’où le besoin d’être vigilant et de se poser les bonnes questions au lieu de gober l’information qu’on reçoit. On en reparle dans quelques semaines… Restez à l’affût!

– Alexandra Turgeon

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