Un film comme La fille du 14 juillet ne sort pas toutes les semaines en salle. La bande-annonce ne laisse pas indifférent et rappelle certains films de la Nouvelle Vague. Cette comédie burlesque, premier long métrage d’Antonin Peretjatko, a été présentée à la quinzaine des réalisateurs à Cannes cette année.

C’est donc l’histoire d’Hector qui désire séduire Truquette. Pour se faire, il l’invite à partir en voyage pour les vacances d’été. La crise économique affecte toute la France et ils apprennent que le mois d’août est annulé et que tout le monde doit rentrer travailler. Le délire ne s’arrête pas là, puisqu’on y croise des voleurs déguisés en policiers, des gardes-chasse qui tirent les vacanciers pour leur rappeler la fin des vacances, un docteur-escroc qui est complètement à l’ouest, un amateur de guillotine qui perd tous ses membres au cours du film…

Le film ne perd jamais son rythme, bien que le pari soit toujours risqué avec le burlesque. L’univers du film mélange actualité et absurde sans distinction, mais avec une cohérence qui ne se dissout pas. Certes, le récit n’a rien d’original, mais le dynamisme, l’univers complètement disjoncté (et si près du réel) divertissent sans abrutir. Le chaos flirte avec le ludique dans un esprit de dérision. À certains moments, on ressent l’influence des Monty Python ou même d’un Godard. Les personnages sont pris dans un système déficient qui les empêche de construire quoi que ce soit. C’est la crise, mais il faut bien partir en vacances, chercher l’amour et rire malgré tout.

Voilà ce que propose savoureusement le film. La fille du 14 juillet est un long métrage sympathique qui ne cherche pas à révolutionner le genre, mais à apporter un peu de fraîcheur. Une comédie intelligente et subversive qui s’inscrit merveilleusement en marge des films à l’affiche et qui critique sans détour le système actuel.

Un mot pour la fin

Pour terminer ma série de chroniques à l’étranger, je voulais à la base proposer un décompte de mes coups de cœur de voyage. Il s’est malheureusement trouvé que mon voyage dans les Balkans et à Cracovie ne m’a pas laissé le temps de découvrir des artistes locaux plus émergents. Ce qui est dommage, c’est que les musées nationaux de Sarajevo et Belgrade, pour nommer que ces deux villes, sont complètement fermés pour cause de manque de fonds (voire corruption et gestion).

C’est donc avec tristesse et désolation que je constate les difficultés pour les artistes émergents européens d’avoir une plateforme qui permet et assure une certaine visibilité. Montréal, voire le Québec en entier, est reconnu pour ses nombreux festivals qui encouragent la diffusion des nouveaux artistes. La vision de la culture et la place que prend cette dernière en France diffèrent largement de celles du Québec. Ce que j’ai ressenti, c’est que l’accent est nettement plus mis sur la connaissance des œuvres marquantes que sur la découverte de nouveaux talents, genre, style, etc.

À titre d’exemple, il est fréquent de voir des classiques du cinéma français et international projetés dans plusieurs salles, spécialisées ou pas. Je ne m’avancerai pas sur la place des arts émergents dans d’autres capitales européennes. Je crois que Paris est sans doute un des endroits où l’Histoire et l’art s’inscrivent dans l’identité même de la ville, d’où la difficulté pour les artistes émergents de se faire connaître.

Dans quelques jours, je retournerai donc au Québec, laissant Paris, qui demeurera toujours magique, toujours fascinante à découvrir et à revisiter. Ce fut un plaisir de rédiger ces chroniques et j’espère que ce fut un plaisir de les suivre. Je poursuivrai ma collaboration avec Les Méconnus à mon retour à Montréal.

Bonnes vacances !

– Sylvie-Anne Boutin