Les Louanges / Photo : Jean-François LeBlanc

Après sept semaines de préliminaires, on commence enfin à voir la lumière au bout du tunnel de ce long concours qu’est Les Francouvertes : du 17 au 19 avril, neuf demi-finalistes ont rivalisé sur la scène du Cabaret Lion d’Or afin d’atteindre les trois places menant à la grande finale de la 21e édition, le 8 mai prochain. Nous tentons ici le périlleux exercice de résumer ces trois soirées de haute voltige musicale.

Soir 1 : MCC, Les Louanges, Vulvets

  • Marie-Claudel Chénard, ou MCC, est celle qui a déclenché les hostilités en demi-finales. La Campivallensienne est revenue en toute simplicité, seulement accompagnée de sa guitare et de Jean-Philippe Levac (Pandaléon). Elle n’a pas su cacher un certain stress au début de la performance, mais a pourtant joué avec encore plus d’assurance qu’à son dernier passage au Lion d’Or. Était-ce parce qu’elle savait qu’elle n’avait rien à perdre à tout donner alors qu’elle était la dernière à entrer au palmarès des préliminaires? En tout cas, c’était bien senti et elle sort du concours la tête haute.
  • Les Louanges, cet étrange nom d’artiste dont s’est doté Vincent Roberge, ne laisse personne indifférent. Il avait créé la surprise lors des préliminaires, décrochant la confortable troisième position dans le palmarès, et on se doutait qu’il allait tout faire pour garder le momentum lundi. On a été servis : il a gardé cette attitude juste assez baveuse, tout en étant plus concis dans ses interventions. Musicalement, c’était impeccable et l’énergie était au rendez-vous, autant sur la scène que dans la salle. Quelqu’un est-il vraiment surpris de sa première position au palmarès?
  • Le groupe de rock garage Vulvet clôturait la première soirée des demi-finales. Partant de la première place, le quatuor féminin devait livrer tout une performance pour arriver à se rendre en finales. Malgré le buzz qui entourait le groupe, il faut dire qu’il n’a pas offert un spectacle véritablement digne des demi-finales des Francouvertes. Mentionnons tout d’abord le pire son de batterie que l’on pouvait imaginer, et un mauvais son en général, où il était laborieux d’entendre ce que les quatre filles, chantant à tour de rôle, avaient à dire. Ce sont probablement ces faiblesses qui ont coûté la finale au quatuor, qui, on s’en doute, continuera de gagner en importance sur la scène montréalaise et québécoise.

Olivier Dénommée

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Soir 2 : Laurence-Anne, Van Carton, Lydia Képinski

  • Dès les premières notes de l’intro, on sent une Laurence-Anne déterminée. Bravement minimaliste, fragile et solide à la fois, sa voix est franche et son groupe navigue des progressions harmoniques aux tournoiements énigmatiques. Les instruments entrent de façon méticuleuse et les back vocals (Naomie De Lorimier) supportent la mélodie avec constance. Parfois, c’est une note de synthé toute mince qui occupe l’espace, et ailleurs des tuttis remplissent à bloc le décor finement construit. On devine l’ampleur du travail de composition et d’interprétation. Jolies choses en vrac : une chorale de sifflements sur arpèges de vibraphone, la dégringolade d’accords sombres qui hante la troisième pièce, une batterie qui joue avec la perception du premier temps, entre autres. Probablement mon « poison préféré » de la soirée, Laurence-Anne termine le palmarès des demi-finales en troisième position.
  • Soupirs de contentement dans la salle lorsqu’on entend Guillaume Monette, alias Van Carton, ouvrir avec son hit : le riff béton de « Tu cries », sorti de la bouche d’un oscillateur langoureux qui affiche fièrement son côté rétro, donne le ton. Le beat est gras et profond, et c’est attendrissant d’entendre des paroles aussi honnêtes, parfois fragiles, sur une musique aussi inflexible (d’autant plus qu’on a droit à une autre joke de papa aux Francouvertes). De temps à autres, on sent que certaines boucles viennent ralentir l’évolution des pièces, mais la proposition demeure fluide et diversifiée, des batteries cyborg jusqu’aux fusions étranges voix-synthétiseur. À noter au passage : le synthé indéfinissable de « Chien blanc », une utilisation audacieuse du délai et des mélodies qui restent vraiment beaucoup dans la tête. Sur scène, il évoquait déjà lui-même la fin du parcours, et même si le périple de Van Carton aux Francouvertes s’arrête effectivement ici, déjà Le Devoir le qualifiait de « future vedette » dans un article paru mercredi. C’est donc dire que la scène québécoise n’a pas fini d’entendre parler de lui.
  • Lydia Képinski, c’est un statement. Fidèle à elle-même, son personnage de scène est irrévérencieux et ne cherche à charmer personne. La performance tient toute sa force de sa désinvolture, sans parler de la profondeur poétique des textes qui multiplient notamment les références à l’Antiquité. Lydia Képinski donne un bon show. La question se pose, par contre (je me prépare à recevoir des menaces de fans) à savoir si le numéro de mardi était techniquement à son plein potentiel sur le plan musical. Dès l’ouverture, la technique vocale tend à manquer de confiance, les modulations sont hasardeuses, les enchaînements sont difficiles et certaines transitions retombent à terre entre les pièces. Solide malgré tout à la basse, puis à la guitare, il reste que Képinski va loin dans le rubato et donne souvent l’impression de jouer sans ses musiciens. D’autres passages sont plus fusionnels. Le talent est là, le show-womanship est cuisant, et on retient plusieurs moments forts, dont un fragment disco et un climax bien en chair. Le Lion d’Or semblait abonder en ce sens en lui consacrant, mercredi, une deuxième position dans le palmarès des demi-finales.

Nathan Giroux

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Soir 3 : Valery Vaughn, Renard Blanc, Shawn Jobin

  • Les ovnis de Valery Vaughn étaient là pour avoir du plaisir mercredi, et plaisir il y a eu. Le duo a livré une performance énergique, à la hauteur de sa réputation, et s’est permis de rire de son propre sort en se comparant au métalleux de La Voix, « qui est encore là parce qu’Isabelle Boulay l’aime bien ». Quoi qu’il en soit, Valery Vaughn a offert une prestation solide, avec beaucoup de décibels, mais aussi un peu de trop sons préenregistrés vaguement agaçants. L’abus du son de « trompette » (vous savez, celle qui est tellement populaire pendant une partie de hockey et qu’on fait sonner ad nauseam lorsque quelqu’un compte un but et qui irrite à peu près tout le monde à des mètres à la ronde?) a un peu miné l’expérience, mais l’énergie contagieuse des deux gars du Cégep de Saint-Laurent a montré qu’on pouvait se rendre loin même en sortant du moule.
  • Quand Renard Blanc était monté sur scène il y a deux semaines, il était relativement inconnu du public. Mercredi soir, il a eu droit à tout un accueil : on avait hâte d’entendre ce que le trio de rock planant avait à offrir cette fois. Plusieurs commentaires avaient été formulés lors du dernier passage de la bande dirigée par l’intense Vincent Lepage, et il semble qu’ils ont été pris en compte. Même si les paroles ne sont jamais au premier plan, la voix se perdait déjà beaucoup moins dans le mix en demi-finale. Quant à la saxophoniste, elle était mieux incluse dans le groupe, même si on la sentait toujours incertaine au début de la performance. Il faut dire que même si la performance du groupe de Saint-Hyacinthe était mieux ficelée que la précédente, il aurait été surprenant qu’il atteigne le dernier palier, étant un groupe qui se démarque davantage par sa musique que par ses paroles.
  • Shawn Jobin a dû faire preuve de patience, lui qui s’est fait entendre dès le premier soir des préliminaires le 20 février, il a conclu le tout dernier soir des demi-finales, plus de huit semaines plus tard. Lui-même un ovni dans ces Francouvertes, le rappeur venu tout droit de la Saskatchewan espérait séduire le public du Lion d’Or avec ses textes engagés et sa musique texturée créée par son compatriote Mario Lepage (Ponteix). Peut-être parce qu’on a tendance à idéaliser nos souvenirs, on a l’impression que la performance de Shawn Jobin était plus sentie lors de son premier passage. Ses interventions entre les chansons semblaient trop préparées mercredi, et la musique a pris un certain temps avant de lever. La version atmosphérique de « Tu m’auras pas » n’a pas soulevé les foules au début de sa perfo, ce qui a peut-être miné le reste du spectacle. On avait aussi tendance à perdre le rappeur lorsque la musique gagnait en intensité, chose qui pardonne assez peu dans ce registre, et encore moins lors d’un concours comme celui-ci.

Olivier Dénommée

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Les ex de la semaine : Benoit Paradis Trio, Simon Kingsbury, Deux Pouilles en Cavale

  • Inviter Benoit Paradis et ses acolytes pour ouvrir les demi-finales : pourquoi pas? Le trio qui s’est fait découvrir il y a onze ans était là pour surprendre le public et a comme toujours réussi son pari, mélangeant un jazz bien ficelé à des paroles sarcastiques qui ne laissent personne indifférent. On pouvait quand même comprendre la timidité de MCC, qui ne jouait que quelques dizaines de minutes après la performance survoltée du trio. (Olivier Dénommée)
  • Seul sur scène, le son de sa guitare, légèrement distorsionné, occupe les mids et réserve le haut du spectre à sa voix dont les vers sont fragmentés de suspense. L’harmonie est inventive, majeur 6 et majeur 7 abondent pendant que se faufilent dans nos oreilles, comme de glissantes anguilles, de sucrées dominantes secondaires. D’assez lents tempi permettent le déploiement d’une poésie sincère et dramatique : Quand ton corps veut tirer sa plogue / Pour en finir avec tout ce que tu veux fuir. Simon Kingsbury reflète intimement son propos poétique dans chaque mesure de musique. (Nathan Giroux)
  • On ne pouvait pas demander à mieux qu’à Deux Pouilles en Cavale pour lancer la troisième et dernière soirée des demi-finales des Francouvertes, histoire de réchauffer la salle avant l’arrivée imminente de Valery Vaughn. Le groupe avait un peu de nouveau matériel à offrir, dont une chanson traitant du « déclin du centre-ville ». La prémisse semblait sombre, mais on a vite oublié le thème pour se concentrer sur une musique complexe et plutôt intense. Les trois gars sur scène ne manquaient pas de complicité et ça donne hâte d’entendre davantage de nouveau matériel. Après tout, le dernier long jeu du groupe remonte encore à 2014, soit juste après son passage aux dix-huitièmes Francouvertes. (Olivier Dénommée)

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Il faudra maintenant user de patience pour trois autres semaines avant de connaître la conclusion du concours : le lundi 8 mai, il sera possible d’entendre, dans l’ordre, Laurence-Anne, Les Louanges et Lydia Képinski (tous des artistes commençant par L… sacrée coïncidence, non?)… mais pas sans une brève performance des porte-paroles Philippe Brach et de Rosie Valland. La finale au Club Soda doit débuter à 19 h 30.

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