Crédit photo : Anastasia Zhenina

Dure nouvelle cette semaine : Réjean Ducharme, un des piliers de notre littérature, a rendu l’âme le 21 août à l’âge de 76 ans. Pour souligner le départ de ce grand méconnu qui fuyait l’attention médiatique comme la peste, petit hommage des collaborateurs du webzine. Comment Ducharme a-t-il marqué notre propre univers littéraire? De bien des manières.

Rose Normandin

Passage obligé voire cliché de l’adolescente québécoise qui ouvre L’Avalée des avalés et découvre l’écho de sa petite voix intérieure. Se délecter de la poésie, de la lucidité, de la cruauté. Se dire que les Bérénices sont légions.

Flash forward dix ans plus tard.

Nouvellement accotée avec un garçon, le monde extérieur la rebute. La difficile transition dans la vie adulte lui donne mal au cœur. Elle tombe sur L’Hiver de force. Encore une fois, elle est sauvée, réconfortée, mais pas rassurée. Ça n’augure pas bien pour les Andrés et Nicoles Ferron de ce monde.

Flash forward dix ans plus tard.

Elle n’a pas réouvert un autre Ducharme. Elle a trop peur de ce qu’il aurait à lui dire.

Mélissa Pelletier

Comme presque tout le monde, j’ai commencé mon voyage dans l’univers de Réjean Ducharme en ouvrant L’Avalée des avalés. Je l’ai refermé la tête trouble, le cœur battant. Je me rappelle avoir demandé à ma mère de me faire un lift à la bibliothèque de la petite ville où j’habitais pour découvrir le reste de son oeuvre au plus vite. Je me suis jetée sur Le Nez qui voque, j’ai dévoré L’Océantume, j’ai adoré L’Hiver de force… En me demandant toujours qui pouvait bien être cet écrivain si marquant, intense. Je rêvais un peu, je l’avoue, d’un grand coming out, de longs entretiens, pour enfin mieux cerner l’oeuvre en découvrant son auteur. Le mystère sera finalement complet.

Katherine Raymond

Le souffle, la désobéissance, la grandeur des mots de Ducharme ouvrent des brèches. Un espace entre les aliénations de la vie et la mort, face au vide, face à la déraison du temps. Ducharme ne m’a pas donné le goût d’écrire. Sous ses mots, je tremble. Je doute comme devant le possible d’une quête. Il me dit qu’en insufflant suffisamment de vie aux mots, cet espace existe. Parfois c’est tout ce qui reste. Pour moi, c’est infiniment vital.

Ambre Sachet 

L’Avalée des avalées marque à jamais l’entrée de l’adolescent dans la cour des grands penseurs. Avec ce roman au style héritier du Nouveau Roman et de l’Enfance de Nathalie Sarraute, Réjean Ducharme nous laisse une trace de ce que l’artiste aura su capter des écorchures de l’être en mutation. Derrière l’imagination de la jeunesse se cachent les ravages d’un manque d’amour et une plume pour qui l’unique langage sera viscéral ou ne sera pas. Il n’aura jamais été aussi exquis de fuir les convenances.

Salut Ducharme!

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