C’est lundi, au Théâtre Prospero, qu’était donné le coup d’envoi de cette deuxième édition de Territoires de Paroles, une semaine de lecture qui se tient du 24 au 29 avril, dont la mission est de promouvoir et diffuser le théâtre contemporain en mettant l’accent sur une dramaturgie de différents horizons culturels. Avec cette ligne directrice et selon la formule de laboratoire théâtral, les créateurs ont été appelés à spontanément concevoir des œuvres afin de les faire découvrir au public.

La première pièce de ce « micro festival »? Écoutez nos défaites du Français Laurent Gaudé. Sous la direction de Roland Auzet (France), l’histoire relate les déboires d’un agent de renseignement près de la retraite (Gabriel Arcand) qui tente de retracer un ancien membre de commando américain (Thibault Vinçon) suspecté de commerce illicite. Au travers leurs échanges, ils tentent de concilier leurs vécus et de trouver un sens aux conflits dans lesquels ils ont pris part.

Il est surprenant que ce texte ait été non seulement sélectionné, mais choisi pour ouvrir le bal. À son écoute, une pensée fait surface : en 2017, n’avons-nous vraiment rien d’autre à soulever? En soi, le sujet n’est pas désuet, au contraire. Par contre, l’approche, elle, est poussiéreuse. Le public d’aujourd’hui est peut-être blasé ou bien trop loin de cette réalité militaire, mais quand le privilège d’entendre des voix internationales reflétant des enjeux présents est donné, étonnant que soient présentés deux hommes blanc français parlant, en surface, des States et de la guerre, le tout de manière assez clichée et sans réflexion sociale globale.

Bien que l’idée derrière Territoires de paroles est de réfléchir les codes de la scène autrement, d’un nouvel œil, l’intégration des technologies semble plaquée. Écoutez nos défaites force un peu la note en mettant au premier plan une multitude d’appareils électroniques peu nécessaires qui, au final, ne permettent pas au texte de justifier ses moyens. Ce maladroit centre d’attention fait ombre aux propos en déconcentrant le public au lieu de soutenir la trame narrative. Malgré la bonne volonté de soulever l’intéressant constat qu’est l’utilisation excessive de nos dispositifs de communications, l’exécution est inorganique. J’aurais préféré un traitement de la technologie un peu plus nuancé.

En tant que spectateurs, nous avions été avertis que nous assistions à une ébauche scénique, un premier jet, un brouillon tremplin à la création ; alors, pourquoi maquiller si grassement le fait que les comédiens lisent leur texte? L’hésitation à prendre une position claire vient, à regret, encore distraire. À un moment, j’ai même joué à « trouve où le texte du gars est caché ». En parlant avec des collègues après la représentation, ils avaient le même sentiment que moi à savoir que pour ce genre de situation, la demi-mesure est dangereuse et qu’il vaut souvent mieux y aller selon le principe de « toute ou pantoute ».

C’est donc plutôt déçue que j’ai quitté le théâtre de la rue Ontario. Je garde espoir que la balance des metteurs en scène invités, soit Catherine Vidal, Florent Siaud, Solène Paré et Charles Dauphinais, saura présenter un échantillonnage élargi de cette éblouissante littérature théâtrale actuelle.

Garance Philippe

Territoires de paroles, du 24 au 29 avril au Théâtre Prospero. Pour toutes les informations, c’est ici.

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