Photo : Alexis Vigneault

Aurore, un groupe basé à Québec, nous propose depuis le 21 avril un EP intitulé En si peu de temps. Formé d’Émile Vigneault (parolier et poète), de Philippe Bourque (pianiste, compositeur et chanteur) et de Louis-Solem Pérot (violoncelliste), le groupe avance un disque composé de quatre chansons et de cinq courts poèmes. Le trio francophone offre une poésie délicate et des arrangements musicaux en dehors des sentiers usuels.

Le mini-album commence avec un chuchotement de poésie bien posé. Une vague de mots qui met la table aux paroles d’En si peu de temps, un EP d’une grande qualité linguistique. Les textes ficelés avec un arrangement musical élaboré nous chargent dès la première chanson. Trop chargé peut-être : la musique met souvent en péril la beauté des textes au prix d’une agglutination de mot. Une harmonie plus ambiance ou plus calibrée au mixage aurait allégé assurément l’oreille. Augmenter la présence du piano et diminuer celle des cordes pour créer une sorte de vent qui berce la voix et mettre en valeur le texte aurait à quelques reprises donné aux voix la place qu’elles méritent.

De plus, l’album se butte aux mêmes problèmes que tous les artistes. Il faut savoir que certains mots ne peuvent tout simplement pas vraiment être inclus dans un enregistrement ou, en tout cas, il faut avoir un talent inouï pour les placer correctement. Par exemple, le mot « pomme » ne sonne jamais bien (ou presque). Maurice Chevalier me ferait mentir, mais le jeu du chanteur rendait la chanson avec beauté. C’est pourquoi, certaines chansons d’Aurore résonnent dissonantes et donnent un rendu brut sur un texte qui se veut pourtant apaisant.

La réverbération accentue parfois l’impression d’entendre les murs chanter en même temps que Philippe Bourque. Encore une fois, bien que c’était peut-être un choix artistique, lors d’un enregistrement il est généralement préférable de doubler sa voix afin de camoufler les imperfections et, surtout, de chanter dans un cubicule afin de ne capter que la voix du chanteur en réduisant au minimum les sons ambiants. Le plus bel exemple est la piste « Missive », où l’on peut entendre un beau refrain où une voix féminine appuie celle du chanteur avec justesse. Cette chanson est particulièrement réussie au niveau technique.

Il aurait été si beau d’entendre un échange entre cette voix féminine et celle du chanteur; enlever le fla-fla musical; mettre en valeur le piano, le texte et poser des mots comme sur une toile sans presse; parfois, demander aux percussions de s’absenter un peu afin de laisser les graves prendre de l’ampleur à l’unisson avec la voix baryton du chanteur.

Des défauts ou des choix techniques ou artistiques font ombrage à l’œuvre de ce trio de musiciens avec un talent évidemment audible. Pour se faire une tête sur la formation, il faudrait assurément la voir jouer à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts le 11 mai à Montréal.

– Rousseau P.

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