Crédit photo : SO’Neill

La Meute, texte dramatique de Catherine-Anne Toupin largement attendu, prend enfin forme à la Licorne. Produite par La Manufacture, trois excellents acteurs, Guillaume Cyr, Lise Roy et Catherine-Anne Toupin, s’y donnent la réplique dans une mise en scène de Marc Beaupré. Le thème central? L’omniprésence de la violence dans nos sociétés, spécifiquement celle desservie par les trolls sur les médias sociaux, ces individus anonymes qui polluent les forums de discussion de leurs commentaires haineux et menaçants.

Catherine-Anne Toupin part de la prémisse suivante : peut-on répondre à la violence par la violence? Elle s’est entretenue de la question avec un psychologue. Qu’est-ce qui motive les gens à agir de la sorte? Les réponses se retrouvent dans un podcast mis en ligne sur le site de la Licorne, mais la transposition dans le récit, elle, demeure absente. L’angle abordé demeure personnel ; la réflexion faible.

Dans cette pièce qualifiée de thriller psychologique, le personnage principal, Sophie, s’enfuit de chez elle pour s’évader, ou plutôt pour tenter d’oublier un étrange secret qui semble la tenailler. Elle se réfugie dans un gîte lointain où l’accueillent Martin et sa tante Lise. Une complicité improbable se développe entre Sophie et Martin. Chacun se confie. Ils trinquent. Ils ont du plaisir. Pour éviter de gâcher le « punch », je m’abstiendrai de révéler trop de détails.

Cependant, les monologues livrés par Catherine-Anne Toupin contribuent avec efficacité au suspence. Dès la première scène, des insultes entremêlées de peur affluent de sa bouche, silhouette à peine discernable dans la pénombre, musique angoissante. Une lumière aveuglante se braque sur nous, spectateurs et témoins figés devant cette violence verbale. Si les premières minutes sont accrocheuses, l’intrigue devient rapidement accessoire et les monologues, récurrents et similaires. L’histoire semble tourner en rond. Le désir de comprendre l’incongruité de certaines scènes n’est pas nourri par des appréhensions chargées d’angoisse, mais par un agacement tangible. Un thriller devrait être haletant. Pourtant, on ne retient pas son souffle durant cette pièce. Troublant, oui, si on entend par là le malaise palpable que provoque la mise en scène d’un jeu narquois, vicieux et malsain.

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Pour comprendre la vérité stupéfiante qui éclate à la toute fin, bien peu d’éléments ont été semés en cours de route. De plus, l’un des personnages écope de cette tâche, révélant trop facilement le clou du spectacle.

Sans dénigrer le talent de Catherine-Anne Toupin dont la pièce À présent avait récolté un vif succès en 2008 – montée en anglais au Royaume-Uni encore aujourd’hui- je ne parierais pas autant sur La Meute. L’angle manque d’originalité. La problématique est trop calquée sur l’actualité. Elle cite même l’actrice qui incarnera Lara Croft dans la nouvelle adaptation cinématographique. Elle ratisse au passage le mouvement #Moiaussi. Si l’intention était de dénoncer, c’est réussi. Si c’était d’ébranler le spectateur, le secouer vivement ou susciter une réflexion, des pistes de solution, meilleure chance la prochaine fois.

Edith Malo

La Meute, une production du Théâtre de la Manufacture, est présentée à La Licorne. Supplémentaires : 28 janvier et 4 février 2018. Pour tous les détails, c’est ici.

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