La prose d’Éric Plamondon est reconnaissable. Courts chapitres. Phrases précises. Images incisives. Poésie insérée entre les lignes. Le rythme soutenu de la fiction entrecoupée par l’anecdote historique et le détail scientifique. Une littérature cinématographique. Un montage qui passe d’une époque à l’autre, et qui crée, par la superposition des idées, une nouvelle couche de sens dans la tête du lecteur.

D’abord, Taqawan est le nom donné par les Mi’gmaq au saumon qui revient de la mer, ressource au cœur d’un litige entre les Autochtones et le reste de la population. Le roman prend pour contexte le conflit de Restigouche en 1981 (tout en faisant résonner les échos de la bataille de la Ristigouche, 200 ans auparavant). Au centre, on retrouve le garde-chasse qui, dégoûté par les actions du gouvernement, a décidé de changer de camp, la jeune Amérindienne victime de son indignation, l’ermite qui sort de son mutisme pour venger les siens, la jeune Française naïve qui regarde se dérouler les événements. Si parfois, les personnages nous semblent pris dans leurs archétypes, n’en reste pas moins que leur construction est réussie. On se demande si le cliché n’est pas inévitable lorsque l’on veut parler de notre histoire et de ce qui constitue notre société.

Au Québec, on a tous du sang indien. Si c’est pas dans les veines, c’est sur les mains.»

C’est avec finesse qu’Éric Plamondon nous parle de notre pays et du conflit américain (au sens continental) qui semble perpétuel. Comment, en lisant Taqawan, est-il possible de ne pas penser aux filles de Val d’Or agressées par des policiers ou encore aux événements de Standing Rock?

La réflexion de l’auteur sur la dissociation qui a toujours eu entre les «blancs» et les Amérindiens amène une autre question : à savoir si cette «irréconciliation» n’est pas à la base de l’identité québécoise. Cet «autre» que nous refusons de reconnaître (comme la terre et la mer que nous nous plaisons en bons «humains civilisés» à vouloir ignorer), et qui, une fois accepté, permettra la construction d’une société capable du meilleur, plutôt qu’inlassablement tournée vers le pire.

Taqawan est à la fois un petit traité naturaliste, une chronique historique, une réflexion politique et un drame policier. S’il nous offre tout le divertissement qu’un roman bien écrit peut procurer, il s’agit également d’un livre qui fait mal. Une oeuvre qui nous confronte à notre culpabilité de «blanc» ou à notre indifférence devant un conflit qui ne s’est jamais résolu. Taqawan est une invitation à accepter la part amérindienne de notre collectivité et à la célébrer.

Rose Normandin

Taqawan, Éric Plamondon, Éditions Le Quartanier, 2017.

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