L’espace Libre présente, pour une troisième année, le spectacle Table rase du collectif Les Chiennes dans une mise en scène de Brigitte Poupart. Même si Les Méconnus en parlait déjà en 2015, voici quelques (bons) mots de plus sur le sujet.

Pour ceux qui, comme moi, dormaient sous une roche et n’auraient toujours pas vu le spectacle, Table rase raconte les retrouvailles de six amies d’enfance. En apparence, la pièce semble s’articuler autour de la brosse de ces six jeunes filles dans la vingtaine, toutes suintantes de cool qu’elles sont, aussi vulnérables, engagées, paradoxales et perdues qu’elles sont.

On parle de cul – beaucoup – on parle de politique, de féminisme, d’amitié et de toutes ces choses qui composent la vie. Épousant le plus de réalisme possible, les conversations empiètent les unes sur les autres. Le texte est punché, les personnages ultra incarnés. On a vraiment l’impression de se trouver au milieu du chalet avec les protagonistes. Et puis, sous les rafales de blagues, le véritable thème se dessine tranquillement.

C’est que l’une des filles est très malade. Épuisée par la souffrance, elle a décidé de devenir maîtresse de son destin et de mettre un terme à son tourment. On assiste donc au dernier repas. Les questions fondamentales que les filles se posent sur leurs vies et les chemins qu’elles ont pris prennent un autre sens. L’urgence s’est invitée dans leur vie, et nous assistons à leur prise de conscience.

Le seul hic dans ce spectacle hautement touchant est le manque de confiance que les auteures semblent avoir en leur capacité d’émouvoir par leurs idées. Le texte, qui semblait d’abord si spontané, si authentique, devient de plus en plus pollué de répliques qui se veulent coups de poing, mais qui sont plutôt lourdes et maladroites (par exemple, quand les filles se crient par la tête leur chienne de vivre ou de mourir). Ces quelques petits moments transforment la comédie dramatique en mélodrame et c’est dommage, parce qu’en soit le propos même de la pièce est bouleversant. Heureusement, le tout est rattrapé par la scène d’adieu finale pleine de retenue, d’intimité et de douceur.

Catherine Chabot, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin nous offre un spectacle d’une grande tendresse qui brasse la cage. En sortant de Table rase, on ne peut s’empêcher de se demander si on est bien là où on veut être. Il sera plus qu’intéressant de voir ce que nous réserve le prochain spectacle de Catherine Chabot, Dans le champ amoureux, dont elle signera le texte en solo.

Rose Normandin

Table rase, une production de Transthéâtre, est présenté à l’Espace Libre jusqu’au 29 octobre. Pour toutes les informations, c’est ici.

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