Je le dis souvent, notre époque n’est pas celle de la joie. Il semblerait que peu importe où le regard se tourne, c’est pour apercevoir plus de misère, plus d’indifférence, plus de capitalisme sauvage, plus d’individualisme. Les élections américaines étaient consternantes. Celles de la France ne sont pas plus réjouissantes. Heureusement, il nous reste encore l’art pour offrir un exutoire. Maigre consolation devant le grand n’importe quoi de l’humanité, mais elle donne un peu d’espoir pour la suite des choses. C’est du moins ce que doit croire Jérôme Ruillier avec son Surfman.

Continuant l’oeuvre engagée qu’il avait amorcé avec Les Mohammed et L’Étrange (livres portant sur la condition d’immigrants), Ruillier nous propose une fable politique visant à nous rappeler la force de l’union et de la solidarité. La Vague est un parti politique xénophobe qui détruit tout sur son passage. Alors qu’il est convaincu que sa ville sera anéantie par la Vague, un homme voit un héros se dresser sur sa surfboard et prendre d’assaut le tsunami. L’intelligence de la forme vient du fait que le point de vue est celui d’un ancien militant de cette Vague, nous permettant de comprendre le phénomène de l’intérieur sans le juger.

Avec un coup de crayon qui n’est pas sans rappeler les Pat Sullivan, Otto Messmer et frères Fleischer d’un autre temps, Ruillier nous offre un opus tout simple, voir naïf, où Surfman, à force de glisser sur la Vague, en détruit les composantes, soit la haine, la peur et l’ignorance. La bande dessinée est en noir et blanc, si ce n’est du bleu de la Vague (couleur souvent associée aux partis de droite) et le orange (couleur démocrate) de Surfman. Les personnages qui habitent les cases sont autant de figures populaires et disparates qui célèbrent la différence de nos sociétés. Tout est sobre et sans détours dans ce livre au message politique clair.

À la fin de l’ouvrage on trouve une affiche de Surfman avec une invitation : «Soyez Surfman vous aussi, et allez coller la belle affiche qui se trouve dans cette album, et recouvrer une affiche moche de la vague!» Comme je ne suis pas française, je garde mon affiche pour la prochaine fois, car si l’image est utilisée pour nous parler du paysage politique de la France, il est difficile de ne pas y voir là un avertissement planétaire.

Rose Normandin

Surfman, Jérôme Ruillier, L’Agrume, 2017

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