Women always have to put up a fucking fight! »

En regardant Revenge, il se pourrait que ce soit le film de Wes Craven, The Last House on the Left (1972), qui vous revienne en tête. C’est que le premier long métrage de Coralie Fargeat se frotte aux films d’exploitation du type rape & revenge en y ajoutant des éléments de gore, de slasher et de body horror. Le plus c’est que, dans le sillon du mouvement #MeToo (même si le tournage s’est terminé avant le soulèvement de masse), la violence avec laquelle le propos féministe est exploré pourrait donner aux spectateurs (peut-être plus encore aux spectatrices) une satisfaction éhontée.

Ici, la dénonciation de l’objectification de la femme ou de son asservissement aux désirs masculins n’est pas faite par la mise en scène du viol (qui est à peine montré), mais plutôt avec tout ce qui y mène. Jen (Matilda Lutz), paroxysme de la Lolita, connaît son pouvoir de séduction et ne se gêne pas pour l’utiliser. Isolée avec son amant (qui est marié à une autre) et deux des amis de ce dernier, elle découvrira les limites de son libre-arbitre. Avec son corps jeune, correspondant aux critères de beauté les plus superficiels, Jen devient responsable du désir masculin et de tous les écarts de conduite qu’elle pourrait inspirer.

Les hommes eux sont dépeints par les archétypes les plus hideux de la masculinité ; Richard (Kevin Janssens), l’homme de pouvoir au complexe de Dieu, Stan (Vincent Colombe), le prédateur sexuel qui ne comprend pas pourquoi ses avances sont refusées et Dimitri (Guillaume Bouchède) le témoin silencieux. Peut-être est-ce le personnage portant la charge symbolique la plus forte, en ce qu’il incarne le statu quo, la personne à l’apparence inoffensive, mais qui, lorsque la situation devient propice, se révèle capable d’un sadisme surprenant. La deuxième partie du film est donc un festival de violence et de sang, alors que notre protagoniste passe d’un objet de beauté naïf à une guerrière sans pitié cherchant à faire payer ses bourreaux.

Malheureusement, de ce jeu du chat et de la souris on finit par se lasser. La rétribution manque un peu d’imagination et la violence plafonne. Pourtant, si on pense à cette scène complètement farfelue où la protagoniste s’extirpe de son malheur par un stratagème tiré par les cheveux, on pourrait croire les punitions à venir plus que délirantes. Tristement, le reste de l’odyssée ne fait pas plus preuve de cette ingéniosité. Les rares dialogues, cocasses, sont plus souvent grotesques et faciles, sans être raffinés par le jeu des acteurs.

Mais là où elle perd en tension, l’œuvre gagne en style. La photographie psychédélique (Robrecht Heyvaert), le montage disjoncté et la musique électro (du très prolifique Robin Coudert) nous offrent un film survolté au visuel très fort (qui pourrait faire penser à certains segments de Natural Born Killers d’Oliver Stone). L’utilisation d’un symbolisme simple, mais efficace, mis en place à l’aide d’inserts, décore intelligemment un film qui ne prend pas de détours pour dire ce qu’il a à dire. Revenge ne réinvente pas la roue, ni ne se l’approprie de façon si originale, mais il a le mérite de porter une parole de femme et d’ajouter un opus flamboyant au cinéma d’exploitation.

Rose Normandin

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