Crédit photos : Caroline Laberge 

La nouvelle est tombée en avril dernier : David Laurin et Jean-Simon Traversy ont succédé à Michel Dumont à la direction artistique du Théâtre Jean Duceppe. Qu’allaient-ils bien pouvoir nous présenter? En collaboration avec le Trident, les cofondateurs de Lab87 ont choisi la pièce Quand la pluie s’arrêtera de l’auteur australien Andrew Bovell. Quatre générations issues de la même famille reconstituent les énigmes du passé : des secrets dispersés entre Londres et l’Australie de 1959 à 2039 sont sur le point d’éclore…

Sur fond de changements climatiques, la mise en scène signée Frédéric Blanchette évoque la pluie incessante et obsédante qui s’abat sur le pays. À tour de rôle, les personnages entrent en scène avec le même rituel : ils se couvrent la tête pour éviter l’averse (une chute d’eau coule littéralement sur eux). Le gag est somme toute redondant, mais il amuse visiblement le public.

Quand ce n’est pas le tonnerre qui gronde au loin ou les lumières qui vacillent comme l’éclair, ce sont les personnages qui portent en eux-mêmes la réalité des changements climatiques. Ainsi, que ce soit la célèbre citation transmise de génération en génération: « On va arrêter de se plaindre de la pluie, y’a des gens en train de se noyer au Bangladesh » ou les nombreuses références aux catastrophes naturelles que partage Henry Law, le sujet crucial de la précarité environnementale est clairement mis de l’avant.

Les points faibles 

Les personnages déambulent inlassablement sur scène, en silence, avant l’arrivée du personnage de Normand D’Amour, un père qui angoisse à l’idée de revoir son fils après des années d’absence. Il faut dire qu’il y a neuf personnages à présenter, et divers liens à expliquer. Cependant, le véritable intérêt de l’histoire débute avec la rencontre de Gabriel Law (David Laurin) et Gabrielle York (Alice Pascual), soit 30 minutes suivant le début de la pièce qui en dure 1h50. Un peu tard.

Gabriel est à la recherche de son père disparu étrangement alors qu’il était enfant. C’est lorsqu’il découvre les cartes postales que ce dernier lui a adressées et que sa mère avait dissimulées qu’il décide de visiter le lieu dont lui parle Henry Law, le Coolong en Australie (lieu paradisiaque qui existe véritablement). Il y fait la rencontre d’une jeune tenancière de motel, Gabrielle. C’est ici que l’intrigue s’amorce. La vérité se révèle au compte-goutte, maintenant le spectateur captif, la stupéfaction le guettant à chaque détour.

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Les bons coups

Le point fort de cette pièce est probablement la complexité du récit et les nombreuses couches qui ajoutent de la profondeur au drame. Les indices se révèlent selon un ordre chronologique particulier. En fait, les décennies se chapeautent et les quatre générations s’entrecroisent. La linéarité et la temporalité entre le passé et le futur n’existent pas.

Le récit débute en 2039 avec le personnage de Normand D’Amour, et replonge aussitôt dans le passé dans les années 60 avec Elizabeth et Henry Law. Puis dans les années 80 lors de la rencontre entre Gabriel et Gabrielle. Le personnage d’Elizabeth est interprété par Véronique Côté (jeune) et Paule Savard (âgée), tandis que Gabrielle York est jouée par Linda Sorgini lorsqu’elle est âgée, dont l’interprétation d’une femme atteinte d’une maladie cognitive dégénérative est particulièrement touchante. Une femme arrogante qui porte en elle un destin tragique, et dont la mémoire lui rappelle cruellement un bonheur dissipé, volatilisé, arraché.

L’esthétique de la scénographie est particulièrement bien réussie. Le décor est constitué d’une devanture représentant une maison. Des carreaux embués limitent la vue vers l’extérieur, les gouttelettes y traçant de longues coulisses. La pluie torrentielle amène une lourdeur à l’aura de mystère qui plane sur chacun des personnages.

Si vous avez aimé les créations de Lab87 présentées à la Licorne, peut-être serez-vous moins convaincu par celle-ci. Bien sûr, Duceppe s’adresse à une clientèle plus âgée en général, et sa salle gigantesque entrave peut-être le rapprochement entre un public que l’on évite de brusquer, de remuer. Toutefois, le récit parvient à capter l’attention, et on finit par embarquer à pieds joints dans les secrets de chacun, assoiffé de vérité.

Edith Malo

Quand la pluie s’arrêtera, une pièce d’Andrew Bowell. Mis en scène par Frédéric Blanchette, présentée au Théâtre Jean Duceppe du 6 septembre au 14 octobre 2017. Pour plus de détails, c’est ici.

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