Crédit photo: Cath Langlois

Dans le hall du Théâtre de Quat’Sous, les spectateurs guettent à la fenêtre deux hommes pour le moins farfelus sur l’Avenue Des Pins. Vêtus de fourrures, de perruques et de lunettes fumées, les personnages encombrés de bagages font leur entrée dans le théâtre sur des airs de rock’n roll. Ils scrutent les spectateurs qui les dévisagent à leur tour, intrigués. Du théâtre déambulatoire, voilà ce à quoi nous convient les acteurs, dramaturges et metteurs en scène, Michel-Maxime Legault et Marcel Pomerlo. Présentée d’abord au Théâtre Premier Acte à Québec, la pièce Parfois, la nuit, je ris tout seul est une production du Théâtre de la Marée Haute.

L’oeuvre a été inspirée par les écrits du romancier français Jean-Paul Dubois. Cinq titres ont été sélectionnés : Parfois je ris tout seulVous aurez de mes nouvellesTous les matins je me lèveLa vie me fait peur et La Succession.Comme le mentionne Marcel Pomerlo dans un texte publié dans la revue Jeu, « la trame de ce spectacle, tout comme celle des romans de Dubois, n’est ni linéaire, ni psychologique, ni conventionnelle avec un début, un milieu et une fin logique. Elle se présente plutôt comme une sorte de géographie théâtrale du territoire humain ».

Exactement ce qui se dessine sous le regard amusé du public qui embarque à pieds joints dans cette expérience hors du commun! Les spectateurs n’ont qu’à suivre le guide. « Follow the guide! », répètent les deux complices pour entamer cette virée à travers le théâtre alors qu’ils ont joliment costumé leur régisseur d’une combinaison rouge pompier. Bien sûr, le public n’y voit que du feu (du moins au début), croyant que le jeune homme a été choisi aléatoirement parmi les spectateurs pour assurer ce mandat. Puis, le public sillonne les escaliers exigus, débouche sur la scène du théâtre et rejoint son siège. S’ensuivent alors diverses scénettes sans lien apparent qui naviguent entre absurdité, tragédie et humour noir.

                      Crédit photo : Cath Langlois

Un homme demande à un camarade de le photographier devant l’arbre où son père s’est pendu, tout en adoptant des poses cocasses, traduisant ainsi une incongruité qui provoque des rires. D’ailleurs, la mort est un thème récurrent dans l’œuvre de Dubois tout autant que le sens de la vie. Les personnages se questionnent sans émettre de réponses. Ils cherchent à changer le cours de leur existence, enfilant divers costumes, multipliant les rôles loufoques : vagabonds, couple de danseurs de tango, amants, clowns, etc. La musique et la danse occupent également une place prépondérante dans cette création. Ainsi, les airs de Dance Me to the End of Love  de Leonard Cohen ou les pièces de Pauline Julien s’élèvent dans une bourrasque poétique qui fait rêvasser et emplit l’âme de légèreté.

Le succès de cette création réside dans le ludisme qui façonne chacun des tableaux. Notamment, la scène où le duo entrouvre une trappe dans le plancher de la scène. Un halo lumineux se dessine sur les visages des comédiens alors qu’ils plongent la main pour en ressurgir diverses lampes de forme aléatoire avec des abat-jours de style différent qu’ils disposent côte-à-côte, ce qui donne l’impression d’assister à la découverte d’un trésor précieux. Cette pièce peut exercer une réelle fascination chez le spectateur. Si la recherche d’un sens est parfois questionnable, il n’en demeure pas moins qu’elle ébranle la vision de la réalité et des chemins que nous décidons d’emprunter. À voir pour l’expérience unique!

Edith Malo

Parfois, la nuit, je ris tout seul, une production du Théâtre de La Marée Haute présentée au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 4 mai. Pour plus de détails, c’est ici.

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