Courtoisie photo : IXION Communications

Dans la communauté Anishnabe du Lac Simon, un jeune Amérindien de 13 ans est percuté par un poids lourd. Le chauffeur se sauve. L’enfant finit par mourir de ses blessures. Troublé devant l’injustice faite à la famille du garçon, Thomas Berger, policier suisse venu pêcher dans le nord Québec, décide de faire lui-même enquête afin de retrouver le camionneur.

D’abord, le film veut nous faire croire à un thriller. La musique, le paysage forestier, la tension qui se construit. Le drame surgit. Qui a commis le délit? Mais qui est donc ce personnage mystérieux qui laisse présager un lourd passé? La performance de Jonathan Zaccaï est tellement intense que le spectateur n’a que peu de place pour laisser courir son imagination.

On pourrait aussi croire qu’il s’agit d’une étude sociologique sur la relation des Autochtones et des « Blancs » qui les côtoient. Malheureusement, si le portrait dépeint par Fulvio Bernasconi et Antoine Jaccoud (tous deux Suisse) est réaliste, le tout a un petit ton mélodramatique qui finit par peser. Par exemple, le milieu des camionneurs est ultra-glauque, les Amérindiens et les « Blancs » se prennent aux cheveux dès qu’ils s’adressent la parole et le Québec massacre ses ressources naturelles sans pudeur. Il faut voir ce plan qui révèle la mine, avec une musique exagérément dramatique. C’est comme si on nous présentait un cadavre! Le portrait manque un peu de nuance et de lumière, même s’il nous passe un commentaire important sur notre nation.

En fait, le film est davantage un road movie. Thomas Berger arpente les routes qui montent au nord du Québec, tout en explorant les méandres du désespoir. Tous les personnages portent en eux un abîme de souffrance et quelque chose dans le paysage de l’Abitibi-Témiscamingue traduit ces états d’âmes à merveille (admirablement capturé par Filip Zumbrunn). L’histoire est un peu prévisible, mais le chemin qu’empruntent les personnages à l’intérieur d’eux-mêmes est intéressant. Les acteurs ont tous dans les yeux un air brisé, alors qu’ils cherchent à trouver la rédemption.

Miséricorde n’est pas un film parfait, mais c’est une proposition qui dépayse et qui dirige le regard vers l’autre. À ce titre, il s’agit d’un film réussi.

Rose Normandin

Miséricorde de Fulvio Bernasconi, présenté en salle depuis le 2 juin, met en vedette Evelyne Brochu, Jonathan Zaccaï, Marthe Keller, Marco Collin, Marie-Hélène Bélanger, Charlie Arcouette et Daniel Gadouas.

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