Crédit photo : Cathy Mü

Ils disent que le retour est le chemin des exilés. Je n’ai pas choisi de partir. Quinze ans plus tard, je reviens et je constate que les choses ont changées. »

Naomi Fontaine avait déjà séduit le lecteur avec Kuessipan, paru en 2011. Il va sans dire qu’elle récidive cette année avec Manikanetish, un livre qui fait la chronique d’une année scolaire dans une petite communauté innue avec une écriture simple, riche et profonde. En se tenant aux faits, elle réussit à dépeindre le sentiment complexe de déchirement qu’un même lieu peut susciter en provoquant à la fois une sensation d’exil et d’appartenance.

Une jeune professeure se trouve une tâche dans une école à Uashat, là où elle a jadis passé une partie de son enfance. C’est donc en étrangère qu’elle apprend à connaître ceux qui font partie de sa communauté tout en tentant de panser une blessure au cœur. L’auteure commence par nous raconter cette histoire de solitude à travers une relation amoureuse qui s’étiole. Jolie façon sobre et subtile d’illustrer la relation trouble qui unit l’autochtone et le «blanc» (écrire ce mot me heurte, puisque l’on sait que la blancheur québécoise est un concept farfelu et dépassé), couple qui désire vivre ensemble mais qui est incapable de se rejoindre dans ses différences.

Sobre et subtile, disais-je, voilà comment il est possible de décrire la plume de Naomi Fontaine. On retrouve la même poésie, la même sensibilité que dans Kuessipan, avec un peu plus de direction, de structure. Il n’y a plus tellement de flou ici. En fait, on est dans l’ultra-concret. L’auteure nous fait le récit doux-amer de la résilience de ses étudiants à travers les deuils, les grossesses, la frustration, sans colère, laissant le lecteur se débattre seul devant les injustices d’un système imparfait.

Malheureusement, un bémol surgit lorsque tout à coup le roman veut emprunter à Dangerous Minds, et où la protagoniste veut faire une Michelle Pfeiffer d’elle-même. Tout le pan de l’histoire où elle tente de sauver ses étudiants en leur faisant faire du théâtre ne réussit pas à être raconté avec la voix unique de l’auteure et ne semble qu’un remâché des lieux communs vus milles fois à Hollywood.

On aurait aimé passer moins de temps à se faire raconter les défis pédagogiques et creuser davantage les personnages des étudiants. On peut également se demander si le choix de l’auteure de nous montrer les étudiants uniquement à travers le regard de leur enseignante, ne finit pas par créer trop de distance avec le sujet. Les portraits dressés par Fontaine sont certes beaux et humains, mais ne portent peut-être pas une charge émotive assez lourde pour perturber le lecteur dans la sécurité de sa blancheur.

Rose Normandin

Manikanetish, Naomi Fontaine, Mémoire d’encrier, 2017.

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