Le jeu est simple.

Répéter trois fois de suite «Salut mon roi mongol! » au moment où l’autre se retourne déguisé en sa majesté, le tout en s’empêchant de rire au risque d’être éliminé.

Le roi, c’est celui des jeux d’été entre cousins, mais aussi celui que l’un d’entre eux aborde en pleine rue, un jeune soldat figé et débarqué en ville avec tant d’autres à l’aube de la crise d’Octobre. Exposés malgré eux à ce contexte politique, une menace de séparation pèse sur Manon (Milya Corbeil-Gauvreau) et son petit frère Mimi (Anthony Bouchard) qui voient l’état de santé de leur père se dégrader sous leurs yeux. Il n’en faudra pas plus à Manon pour décider d’enlever la grand-mère de sa voisine, inspirée par les actions radicales du Front de Libération du Québec. Le quatuor de cousins – Manon, Mimi, Martin et Denis – s’enfuit alors à la campagne, la grand-mère anglophone endormie sous le bras.

Fortement attaché aux promesses d’enfance, Luc Picard dresse avec son quatrième film un portrait de celles qu’il est difficile de tenir. Aussi universel qu’il puisse être, le constat du réalisateur n’arrive jamais à rendre compte de ce qui fait la complexité de l’innocence dans un monde où il devient impossible de garder la jeunesse à l’abri de l’actualité.

Voix-off et manipulation musicale

À force de surplomber le récit et comme par souci d’attendrir, la voix-off de Manon s’essouffle à l’instar de la musique omniprésente avec laquelle elle se relaie. Chaque plan d’ensemble sur la ruelle est agrémenté d’un air répétitif qui étouffe le récit au lieu de le faire progresser. C’est ici que Luc Picard finit par déployer un scénario décousu qui perd trace de ce pour quoi il a été adapté.

La vérité, toute la vérité, rien que la vérité: on aurait pu s’y attendre en sachant qu’on irait voir un film sur la sincérité des plus jeunes générations, hélas Picard semble-t-il favoriser l’émotion superficielle provoquée par la bouille des quatre cousins au profit de leur message. Lui se perd en chemin, puisque la lettre de rançon de Manon ne se rend pas à bon port mais l’emphase est pourtant faite et refaite sur ces moments joyeux où la grand-mère et le spectateur tombent soudainement sous le charme des bambins.

Le passage éclair du temps, qui s’articule autour de deux unités de lieux, Montréal et Saint-Zénon, porte finalement préjudice à la complicité palpable développée entre les quatre enfants. Le temps est compté, bien évidemment touchant celui où l’on pourrait développer des moments forts avec ces jeunes, puisqu’on alterne brusquement scènes d’euphories décisionnelles emplies de musique et conversations brèves pleines de regrets. D’abord crédibles et touchants, au même titre que l’idylle entre Manon et son cousin Martin, et de la relation frère-sœur avec Mimi, les personnages principaux sont vite relayés au rang de marionnettes poussées par une masse d’esbroufe musicale.

Contrairement au film d’Alexis Durand-Brault, C’est le cœur qui meurt en dernier, avec lequel le dernier film de Picard partage un même traitement lisse des couleurs et de la reconstitution d’époque, l’énergie communicative de la musique est éphémère et passe d’une scène à l’autre sans influencer ou desservir le film dans sa totalité. C’est par cette manipulation auditive que le réalisateur finit par fausser l’authenticité d’un tel thème qu’est celui des promesses déchues.

« L’information ne s’était pas rendue partout… »

Au détour de cette phrase prononcée par Manon et au cœur du film, l’incommunicabilité. Ce manque de communication, c’est celui qui empêche ce groupe d’adolescents d’établir une discussion avec le monde des adultes, mais c’est aussi celui qui empêche ne serait-ce qu’un début d’entente entre opposants politiques, ici le FLQ et le gouvernement québécois. À la clé de ce parallèle criant, un seul moyen possible donc : le chantage. Une opération qui s’avère peu concluante, autant du côté de Manon que de celui de Picard, qui manque ici sa chance de poursuivre une réflexion sur l’importance du dialogue et de cette impression de ne jamais être pris au sérieux.

Hormis le talent incontestable de la jeune Milya Corbeil-Gauvreau (Manon) et de son acolyte Henri Picard – fils du réalisateur – (Martin), la bande d’enfants semble plus occupée à émouvoir le spectateur qu’à mener à terme leur combat contre les familles d’accueil. L’incompréhension, des deux côtés, reste intacte.

Touchée par le syndrome de Peter Pan, Manon veut que tout reste comme avant. Pourtant, elle grandit plus vite que quiconque en puisant ses idées au sein de la politique québécoise. Là où il aurait fallu développer l’imaginaire de l’enfance au service d’une meilleure compréhension du monde, le réalisateur et acteur québécois, qui avait touché à la fibre fantastique avec Babine et Ésimésac, ne semble ici pas en percevoir l’utilité.

C’est sans doute une mauvaise utilisation du support qui aura de loin fait défaut à l’histoire des rois mongols et à son adaptation sur grand écran. Le champ des possibles de l’enfance tombe à plat avec cette lecture visuelle simplifiée des maux de l’adolescence. Il semble que Luc Picard n’apporte pas forcément de pierre à l’édifice avec cette œuvre dont les thèmes ont été traités maintes fois et dont la pertinence aujourd’hui ne semble relever que de l’effort d’adaptation du livre de Nicole Bélanger.

Ambre Sachet 

Les rois mongols, en salles le 22 septembre 2017.

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