Crédit photo : Jonathan Lorange

Le Wild West Show de Gabriel Dumont est un spectacle que l’on veut aimer. On nous promet une folle épopée dans notre histoire et on souhaite de tout cœur y prendre plaisir. Ce spectacle, doté d’une distribution et d’une palette d’auteurs coast to coast, nous offre de faire l’étalage de notre identité plurielle et de démystifier l’histoire mensongère enseignée depuis des générations par notre bon père de famille canadien. Tout ça dans une atmosphère ludique et un brin canaille.

Suite à la défaite des Métis et la pendaison de Louis Riel, Gabriel Dumont, figure de proue de la résistance, a dû s’exiler aux États-Unis, où il tint son propre rôle dans les productions de Buffalo Bill. Il aurait alors rêvé de voir une oeuvre dépeindre avec justesse l’histoire de son peuple humilié. Ainsi, Jean-Marc Dalpé, Alexis Martin et Yvette Nolan ont voulu réaliser cette idée en créant une grande fresque théâtrale qui honorerait la mémoire des disparus, mise en scène par Mani Soleymanlou.

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On se retrouve donc devant un immense melting pot d’influences, de saveurs et de genres. Empruntant tantôt au cabaret, tantôt aux premiers westerns, tantôt aux soirées canadiennes, tantôt au théâtre brechtien, la pièce nous raconte la bataille des Métis pour la reconnaissance de leurs droits. Le résultat est un peu éparpillé, mais loin d’être ennuyant. Un peu à la manière d’une production du Théâtre du Futur, c’est l’humour qui est au centre de l’oeuvre, même si ce qu’elle relate est plutôt dramatique.

Le spectacle devient une immense fête, où les acteurs s’amusent avec une candeur presque enfantine, comme on pouvait jouer au cow-boy et à l’indien dans notre enfance. Mais si les pitreries sont au rendez-vous, il reste que le récit de la bataille de Batoche en paie le prix. Parfois, l’enjeu dramatique se trouve dilué et le flou s’installe. Des scènes « drôles », mais inutiles, polluent la structure du texte et confondent le public. Et la fête devient un joyeux bordel.

Il faut également dire que de faire appel à autant d’auteurs différents est dangereux en ce qui a trait à l’égalité des textes. Certains moments ne sont pas aussi naturels qu’on l’aurait souhaité. Les dialogues manquent de sous-textes par endroits et le niveau de jeu s’en trouve affecté. De plus, certaines idées de mise en scène sont redondantes (alors que les projections de bisons dans la prairie sont si jolies, est-il nécessaire de faire déambuler les acteurs avec des têtes de bisons sur les épaules?) et la scène souvent surchargée. Les moments émouvants sont soulignés à gros traits, ce qui nous enlèvent le goût d’être émus (je pense, entre autres, à la pendaison de Louis Riel et des résistants qui, avec une touche plus minimaliste, aurait sûrement eut raison des cœurs les plus durs – alias moi).

Mais au final, ces réserves n’ont pas trop d’importance. Pour ceux qui veulent une forme rigide et léchée, il y a d’autres théâtres (aux accessoires dispendieux). Ce spectacle est imparfait, certes, mais il est important en ce qu’il s’extrait du discours figé de la normalité culturelle et de ce fait, de la normalité blanche unidimensionnelle. C’est un ovni (à l’image de son coproducteur, le Nouveau Théâtre Expérimental) qui aspire à divertir, éduquer et à nous renvoyer une image différente de nous-mêmes, même s’il en échappe sa finesse au passage. S’il faut voir en son passé le présage des choses à venir, autant rigoler un peu.

Rose Normandin

Le Wild West Show de Gabriel Dumont  une coproduction du Théâtre français du Centre National des arts, du Nouveau Théâtre Expérimental, du Théâtre Cercle Molière et de La Troupe du Jour, du 31 octobre au 18 novembre au Théâtre d’Aujourd’hui. Pour toutes les informations, c’est ici.

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