Il suffit de lire les journaux des derniers mois, voire des dernières années, pour en être courant. De l’autre côté du globe, dans un petit état du sud-est de l’Asie aussi connu sous le Myanmar (Birmanie), se prépare ce que les autorités hésitent encore à définir, par peur ou par pudeur, d’un génocide. En effet, certains moines bouddhistes radicaux issus du mouvement nationaliste 969 et désormais réunis sous l’Association Patriotique du Myanmar (Ma Ba Tha) perpétuent des répressions violentes envers les populations musulmanes des Rohingyas ségrégées sur le territoire birman. Leur méthode est simple: après avoir incendié un village, ils battent à mort les rescapés. Une épée émoussée ou un bâton font amplement l’affaire.

Mais comment imaginer des moines bouddhistes perpétuer de telles violences? Ne sont-ils pas pacifistes, vénérant Bouddha à travers la méditation et les chants de gorges qui résonnent du sommet de l’Himalaya? Peut-être que la culture occidentale nourrit à travers Tintin au Tibet et les images spectaculaires de Samsara s’est forgée une image grossièrement généralisée du bouddhisme. Difficile d’imaginer des moines massacrer des innocents. Afin de nous éclairer sur ce sujet, le réalisateur suisse Barbet Schroeder a réalisé un documentaire fascinant : Le vénérable W.

Le film nous présente le moine bouddhiste Ashin Wirathu, leader du mouvement 969 et Ma Ba Tha. En bref, durant un séjour de presque dix ans en prison où il était accusé d’attiser la haine raciale, Wirathu écrit un livre dénonçant la corruption du conseil des moines affiliés de très près au régime militaire en place. Ce livre inspire de nombreux pamphlets qui lui vouent une plus grande notoriété. À sa sortie de prison, il devient rapidement très influent, multipliant les sermons haineux ainsi que les DVDs de propagande distribués gratuitement dans la rue. Il incite au boycottage des Rohingyas en cultivant la peur que cette minorité ethnique représentant 4% de la population birmane constitue une menace à l’intégrité bouddhiste du Myanmar. Désormais, près d’un million de Rohingyas birmans se sont échappés au Bangladesh afin de fuir les répressions qui leur sont destinées.

Il est fascinant de voir à quel point l’ascension de Ashin Wirathu est similaire à celle des autres partis nationalistes ayant marqué l’histoire: un leader charismatique s’appuyant sur une propagande massive partage des propos haineux visant une minorité ethnique à laquelle sont attribués tous les maux de la nation. D’autant plus fascinant de constater l’impuissance de l’ONU et des autorités locales face à cette crise humanitaire.

Le film ne propose pas de solution: il cherche plutôt à nous éclairer sur la crise des Rohingyas au Myanmar. En exposant les faits historiques qui ont mené à cette situation particulière, en plus de donner la parole à des experts sur le sujet, il permet au spectateur de se forger une idée générale de la situation pour mieux en comprendre les débouchés. On ne peut qu’espérer qu’une conscientisation générale sur cette crise humanitaire permette une meilleure approche visant sa résolution. On espère ainsi pouvoir éviter une telle catastrophe à l’avenir. Mais on le sait bien, il ne suffit pas de crier haut et fort « Plus jamais! » pour éviter tous les malheurs du monde.

Anthony Dubé

Le Vénérable W. de Barbet Schroeder, en salles dès le 26 janvier 2018.

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