Crédit photo : Jean-François Lesage

Jean-François Lesage a remporté l’an dernier le prix spécial du jury aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) dans la compétition nationale de longs-métrages pour son quatrième film, La rivière cachée. Alors que le film prendra l’affiche à Montréal le 25 mai prochain, voici un retour en avant-primeur.

LA RIVIÈRE CACHÉE, un film de Jean-François Lesage – Bande-annonce from Les Films du 3 mars on Vimeo.

Film subtil

À la lecture du synopsis, on imagine tout de suite un récit dont la poésie domine.

Au cœur d’une forêt profonde, coule une rivière. Sur ses berges, des hommes et des femmes se confient. Dans ce lieu reculé, propice à la réflexion, ils se questionnent sur ce qu’il faut pour atteindre la paix intérieure, supposent l’importance de transmettre quelque chose aux générations futures, réalisent que la fusion amoureuse est un idéal impossible. Alors que le soleil décline derrière les montagnes, les baigneurs s’avouent amèrement le cul-de-sac de certains rêves, mais trouvent encore du sens dans la contemplation de la nature, des étoiles et de la lune. »

Cette rivière cachée, on ne saura jamais où elle se situe ; il n’y a par ailleurs aucune contextualisation autre que le synopsis. On plonge dans le métrage de Lesage avec de beaux plans de la rivière et d’une baigneuse à flanc de falaise, le tout agrémenté de musique classique. Enfin, quelques groupes de personnages font leur apparition et discutent du sens de la vie.

C’est un sujet tout de même dense, infini même, qui se prête maladroitement à l’exercice de contemplation que le réalisateur tente de mettre de l’avant. En effet, certaines discussions sont plus intéressantes que d’autres, ne serait-ce que parce qu’elles ne possèdent pas toutes la même éloquence. La discussion des « parents » à la toute fin est celle qui revêt le plus de sens, celle qui est la plus construite. À l’opposé, la toute première discussion se révèle très floue ; on ne saisit pas le sujet de la conversation entre une mère et ses enfants. La connexion entre les différents questionnements devient trop vaste pour bien cerner l’intention du réalisateur. Il est clair, cependant, que Lesage souhaite aborder les plus grandes questions de l’existence dans un lieu calme et éloigné des distractions. Le projet est louable, mais trop ambitieux pour ce qu’il offre. En revanche, il ne tombe pas non plus dans la prétention. Puisqu’aucune explication quelle qu’elle soit ne se retrouve dans le film, il ne tient qu’au spectateur de décider ce dont il en retourne.

LA RIVIÈRE CACHÉE, un film de Jean-François Lesage – Extrait from Les Films du 3 mars on Vimeo.

La photographie de La rivière cachée est délicate et émouvante, surtout tissée avec les longueurs qu’elles nécessitent pour se déployer. Entre chaque conversation, un temps s’installe et nous fait oublier les précédentes manifestations de l’homme dans la nature. Le choix de ces quelques personnages du documentaire, tout aussi nébuleux, apporte plusieurs questions dont les réponses ne se retrouvent pas dans le film. Pourquoi ces jeunes-là? Pourquoi un couple de chinois (sous-titré en français)? Qui sont-ils? L’explication manquante, on ne peut que supposer que ce sont toutes des personnes que le réalisateur connaît et qu’il a placées sur les lieux de la rivière avec l’intention de capter les pensées de ses proches.

La rivière cachée est un drôle de film qui demande peu, mais donne tout aussi peu.

Victor Bégin

La rivière cachée, de Jean-François Lesage, 2017, 75 minutes, à l’affiche le 25 mai 2018.

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