Crédit photos : Guillaume Sabourin

Il est rare, mais fort heureusement beaucoup plus fréquent de voir de l’art autochtone sur la scène culturelle montréalaise. C’est ce que fait la compagnie Menuentakuan, qui présente du 16 janvier au 3 février 2018 la pièce Là où le sang se mêle à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise Pelletier, dans une mise en scène de Charles Bender. Texte écrit par Kevin Loring, un auteur de la nation Nlaka’pamux en Colombie-Britannique, il a été traduit en français par le metteur en scène qui a eu la chance de jouer en 2010 le rôle de Mooch (Quêteux dans la traduction) dans une mise en scène de Lib Spry du Théâtre Teesri Duniya.

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Dans une communauté autochtone qui subit encore les relents des pensionnats catholiques, Floyd et Quêteux tentent tant bien que mal de noyer leurs souvenirs à la taverne du coin. Entre les tickets de lotos déchirés et les pichets de bière calés, on comprend qu’une vieille amitié boîteuse persiste malgré tout entre les deux personnages. Avec leur complice barman, ils s’engueulent et s’entraident : une relation érothanatique manifeste qui illustre bien les traumatismes qu’ont pu subir ces communautés à travers 400 ans de répression colonialiste. Mais leur quotidien se voit bouleversé lorsque Floyd reçoit une lettre de sa fille mise en adoption il y a plusieurs années. Elle veut le revoir. Elle arrive dans une semaine. Alors des souvenirs remontent que même l’alcool n’arrive pas à noyer.

Une mise en scène sobre laisse place au jeu des acteurs et à l’imagination du spectateur. Une table de bois au centre de la scène circulaire est à la fois comptoir de taverne, quai de pêche et pont traversant une rivière, la rivière où le sang se mêle. Selon le contexte de la scène jouée, cette table se verra tournée et déplacée par les acteurs, telles les aiguilles d’une montre rouillée qui peine à rattraper le temps perdu : elle reste coincée dans le passé.

Mais ce qui est venu atteindre le plus profondément ma corde sensible, au deçà des thèmes abordés et du destin tragique des personnages, c’est le jeu de Tania Kontoyianni dans le rôle de June, copine de Quêteux et amie de Floyd. Son interprétation du personnage est impeccable. Ses poussées de colères font frémir et ses élans d’amour font fondre. Son personnage transpire une authenticité remarquable jusque dans ses moindres mouvements. Et ses larmes sont bien réelles. Après plusieurs apparitions à la télévision et au cinéma, nous ne pouvons qu’espérer la revoir au théâtre.

La musique de la conceptrice sonore Moe Clark mérite aussi notre attention. Fortement inspirée de la musique blues rock qu’elle mêle aux sonorités autochtones, ses interventions musicales soutiennent profondément les émotions de la pièce. Une artiste à découvrir qui a déjà produit plusieurs albums ainsi qu’un recueil de poèmes.

En bref, Là où le sang se mêle c’est un pas en avant vers la reconnaissance et l’expansion des arts autochtones. À travers le théâtre, un dialogue s’ouvre et partage la réalité troublante des communautés autochtones au Canada. Mais ce n’est pas la pitié ou la compassion que cherche à susciter la pièce. C’est la réconciliation. La réconciliation entre un peuple dont la reconnaissance des libertés a été trop longtemps brimée et un autre qui commence à ouvrir les yeux sur ces problèmes.

Anthony Dubé

Là où le sang se mêle, 16 janvier au 3 février 2018 à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Pour toutes les informations, c’est ici.

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