Il va sans dire que James Thiérrée a un univers singulier. Entre le cirque, la danse, le mime et langage cinématographique, son spectacle La grenouille avait raison est une oeuvre difficile à cerner.

Au lever de rideau, c’est d’abord la scénographie qui époustoufle. Signée par Thiérrée, elle charme et inquiète comme le décor d’un film de Jeunet et Caro. Les différentes textures des murs, les objets habillant l’espace, la mystérieuse créature qui surveille les personnages, l’aquarium, le piano qui joue tout seul sont autant d’éléments qui confèrent à l’oeuvre une atmosphère particulière.

L’histoire semble à prime abord assez simple, même si un peu floue, les chants d’Ofélie Crispin (également composés par Thiérrée) offrant les seuls indices quant au fil narratif. On rapportait qu’il s’agissait d’une adaptation du conte Le roi Grenouille, des frères Grimm, mais il s’agit d’une idée qui ne fera que nuire à l’appréciation du spectacle tellement les liens entre les deux oeuvres sont ténus.

Une fratrie – 2 filles et 3 garçons – est prisonnière d’une grenouille et essaie de trouver une façon de lui échapper. Là où on s’attend à l’exposition des multiples stratagèmes pour fuir la créature, Thiérrée décide plutôt d’explorer la proximité des relations au sein de la fratrie. C’est que les frères et sœurs s’ennuient intensément au fond de cette caverne et, pour passer le temps, se taquinent, jouent, s’entraident, se chamaillent et se réconcilient. Par les mouvements chorégraphiés et la façon d’habiter leur corps, les protagonistes se développent et la dynamique de la fratrie est examinée. Les interprètes et danseurs font un si bon travail que même sans véritable dialogue, chaque personnage est rapidement présenté dans son unicité.

Le spectacle n’est pas structuré de façon conventionnelle. C’est l’aspect de l’exploration par le jeu qui est la ligne directrice du spectacle et, si cela permet de créer plusieurs moments d’une beauté toute poétique, cela donne aussi, malheureusement, beaucoup de répétitions. Certains numéros rappellent énormément l’univers du grand-père de l’auteur, Charlie Chaplin ; un violon qui colle aux doigts, des mains qui semblent dotées d’une vie propre, des cheveux récalcitrants au traitement d’un peigne.

Si on est séduit par la virtuosité des interprètes et la précision de leur exécution, le manque d’originalité de certains passages et la redondance de certains autres finissent par venir à bout de l’émerveillement. Par moment, on en vient à attendre que le numéro fasse place à l’autre. Même chose avec le langage corporel des acteurs et actrices : leur signature physique est si bien exposée et soulignée qu’elle finit par être lassante. Le spectacle n’est pas tout à fait théâtral, puisque la structure est créée pour servir des numéros davantage qu’un enjeu dramatique, mais ne tombe pas tout à fait dans l’univers du cirque non plus.

La dernière partie du spectacle est superbe et prend enfin l’envergure que l’on espérait (même si la fin ne nous permet pas de tirer des conclusions sur le titre). La grenouille avait raison est une oeuvre d’une grande poésie, offrant aux spectateurs plusieurs moments de grâce, mais qui semble parfois un peu amoureuse d’elle-même.

Rose Normandin

La grenouille avait raison, une production de La compagnie du Hanneton, est présenté à La TOHU jusqu’au 7 octobre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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