Thomas Vinterberg a laissé sa marque dans l’histoire du cinéma, en cofondant avec son copain Lars Von Trier le Dogme 95. Pour marquer son manifeste, il nous présentait Festen (1998), film choc s’il en est un, où pour célébrer l’anniversaire du patriarche, un de ses fils y va d’un bien-cuit bien particulier. S’il s’est aujourd’hui dissocié du Dogme, il garde en commun avec Lars Von trier cet intérêt pour l’exploration de la nature humaine sujette à une pression prolongée. Il observe le stress relié au malaise et attend de voir les psychés se briser.

Co-scénarisé avec le réalisateur Tobias Lindholm (avec qui il avait aussi co-écrit La chasse), La communauté, qui serait inspiré par l’enfance de Vinterberg, sert de prétexte pour observer la crise existentielle des deux personnages principaux.

Nous sommes dans les années 70. Erik (Ulrich Thomsen) et Anna (Trine Dyrholm) viennent d’hériter de l’énorme et magnifique maison familiale. Malheureusement, l’habiter serait trop coûteux. Heureux dans leur mariage, parents attentifs d’une charmante adolescente, possédant tous deux une carrière stable, si ce n’est un peu en bas des ambitions d’Érik, on peut dire que la vie est douce et généreuse avec nos protagonistes.

Pourtant, Anna s’ennuie. Elle suggère donc d’appeler quelques amis et de profiter de la maison en y créant une commune. On assiste donc au recrutement des personnages colorés avec lequel notre petite famille partagera son quotidien. Le réalisateur veut nous faire croire que son film fera la chronique du quotidien loufoque des personnages se lançant dans un territoire inconnu. On assistera plutôt à la dissolution du couple.

Un peu à la façon de Scènes de la vie conjugale de Bergman, on assiste aux bonheurs, aux lâchetés, aux blessures, aux injustices qui font irruption dans le couple. La commune fait office de témoin, parfois de liant entre les protagonistes de la famille qui nous paraissait d’abord tissée serrée. Ce qui devait être vécu dans l’intimité, dans le secret, dans la pudeur se retrouve présenté devant public. Erik et Anna ne se reconnaissent pas dans les modèles amoureux et familials usuels et cherchent ailleurs ce qui pourrait leur offrir un peu de bonheur. On n’échappe pas aux lieux communs ; la lâcheté de l’homme, l’altruisme masochiste de la femme. De la part de Vinterberg, on aurait pu s’attendre à plus d’irrévérence.

Les acteurs offrent tous une interprétation juste, mais un peu lisse, de leur personnage, à l’exception de Trine Dyrholm qui est magistrale. Enfant imaginée de Catherine Deneuve et de Gena Rowlands, l’actrice laisse sur le spectateur une marque indélébile. Virtuose, elle passe de la légèreté d’une jeune fille à l’aliénation de la femme abandonnée, en jouant de subtilités, transformant son personnage en une mosaïque complexe des passions humaines. Son travail fut d’ailleurs remarqué et récompensé par quelques festivals, dont celui de Berlin. Le long métrage vaut la peine d’être vu ne serait-ce que pour elle.

Dans le spectre des oeuvres de Vinterberg, La communauté ne se hisse pas au même niveau que Festen ou La chasse, mais on demeure intrigué par ses personnages. Même si le réalisateur choisit de passer outre l’occasion de nous offrir une oeuvre sur le vivre ensemble pour nous servir une analyse paresseuse des abîmes amoureux, le film demeure tout de même un joli séjour dans une famille redessinée avec des moments capables de chavirer le cœur.

Rose Normandin

La communauté de Thomas Vinterberg est à l’affiche depuis le 30 juin au Cinéma Beaubien et au Cineplex Forum.

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