Crédit photos : Matthew Fournier

Une lumière crue, intense qui éclaire vivement des gradins disposés de trois côtés de la scène. C’est ce qui accueille les spectateurs venus assister à la première de Je disparais, pièce de l’auteur norvégien Arne Lygre dans une traduction de Guillaume Corbeil, présentée du 26 septembre au 21 octobre au Théâtre Prospero.

Impossible de connaître l’urgence, la panique qui pousse deux femmes à quitter leur maison. Deux « presque voisines » qui vivent une existence paisible, sans tache, jusqu’à ce que ce besoin de fuir devienne trop pressant. L’une a sa fille, l’autre a son mari. Et « tant qu’elles sont ensemble », tout devrait bien aller. Non?

Et elles partent, la peur au ventre, les doutes plein la tête. Pourquoi partir? Comment se rassurer quand on n’a aucune idée de ce qui nous attend? Comment garder espoir quand tout semble s’effriter? Comment faire les bons choix quand on ne connaît pas tous les éléments qui pourraient mener à la réussite, dans ce cas bien précis la fuite vers un ailleurs plus beau, plus sécuritaire?

Vers l’autre

Avec une superbe sensibilité, une Marie-France Lambert en contrôle nous guide à travers les dédales de cette fuite à la fin tragique dans une mise en scène très simple de Catherine Vidal. Avec talent, elle offre des moments d’une pureté incroyable aux spectateurs, qui se voient réagir de part et d’autre de la salle. L’émotion s’en voit décuplée et l’ambiance en devient même parfois insoutenable.

Dans le rôle d’une mère aimante et d’une fille indépendante, Macha Limonchik et Larissa Corriveau ne donnent pas leur place. Loin de tomber dans la mièvrerie, ces personnages représentent plutôt bien ces relations mère-fille parfois floues, entre amour, défi envers l’autorité et émancipation. James Hyndman, qu’on aurait aimé voir davantage, campe parfaitement l’homme qui se raccroche à ce qu’il peut pour se donner l’impression que ses choix ont un sens.

Entre les deux amies, la fille et le mari, différents personnages prennent place. Dans un carré de lumière dirigé vers le sol, ces personnes de l’ailleurs imaginées par les femmes traversent des épreuves horribles, terrifiantes. Une réflexion très intéressante de Lygre sur la simultanéité. Loin des yeux, loin du cœur? Peut-être bien.

Plus le temps passe, plus le chemin des femmes se fait, plus on assiste à un renversement des rôles. De la vie paisible mais menacée, elles se retrouvent du côté de l’horreur. Dans un ailleurs si loin et si proche à la fois, des privilégiés en sécurité parce que le pur hasard en a décidé ainsi, pensent à elles dans la mesure du possible. C’est que c’est ardu de s’apitoyer sur le sort des autres quand on se prélasse au soleil. Quand « on profite de la journée ». Un don à un organisme devrait suffire. Non?

Superbe représentation de la nature humaine en temps de crise, Je disparais peut se transposer sur de nombreuses guerres ou conflits politiques. Au fil des situations, des difficultés qui apparaissent, les différents protagonistes auront à faire des choix déchirants. Et parfois, pas tant. Avec détachement, si ce n’est même froideur, certains feront tout pour survivre. Peu importe à quel point ils ont pu aimer ceux qu’ils laissent derrière. Mine de rien, ça fait réfléchir sur nos propres réactions possibles. Nous ne sommes que des humains, après tout.

Mélissa Pelletier

Je disparais, au Théâtre Prospero du 26 septembre au 21 octobre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI: