Crédit photo : Gunther Gamper

S’attaquer à l’adaptation théâtrale de Les hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë est un projet casse-gueule. Chronique d’une passion (ou d’une maladie mentale comme le dit Fanny Britt dans sa pièce) qui s’échelonne sur une vie, terrible de beauté et de cruauté, il serait difficile d’en condenser l’essence dans un projet d’une heure trente. Il n’est donc pas surprenant de voir que l’auteure a choisi de s’en inspirer plutôt que de l’adapter, que ce soit par prudence ou par sagesse. Le résultat est une comédie dramatique aux teintes sombres et aux parfums de grands vents qui pose un regard lucide sur les amours dévorantes.

Un groupe de jeunes universitaires invite sa professeure de littérature victorienne pour le souper. Pendant cette soirée/nuit tumultueuse, qui devait pourtant être banale, auront lieu différentes révélations et lacérations (saluons la jolie scénographie de Patrice Charbonneau-Brunelle qui fait ingénieusement référence à ce souper qu’on ne verra jamais). Du roman, l’écrivaine a gardé, entre autres, la nature déchaînée, Catherine et Heathcliff, le désir de vengeance, les questions de pouvoir dans les relations amoureuses, les déchirements. À cela, elle a rajouté la finesse de sa verve, son humour, son intelligence. Ceux venus ici pour retrouver leur auteure seront ravis. Fanny Britt, en plus de nous parler d’amour bafoué, en profite pour jeter, au passage, des idées sur la langue française, l’intégrité, la responsabilité émotive et la prédation. Sur papier, Hurlevents est une excellente pièce.

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Cependant, c’est dans la performance des acteurs que le bât blesse, inégale d’une proposition à l’autre. Catherine Trudeau et Benoît Drouin-Germain sont excellents et semblent comprendre le raffinement du texte. À travers eux, tout passe ; le rythme, l’humour, le drame. Kim Despatie et Alex Bergeron réussissent à incarner des Catherine et Heathcliff modernes crédibles, mais un peu froids (qu’on sent un peu mis là pour rendre hommage au roman, mais qui ne servent pas beaucoup le reste de la pièce). Emmanuelle Lussier-Martinez est parfois caricaturale et joue de sa voix, faute de jouer de ses émotions. Florence Longpré ne semble pas être dans la même pièce que les autres. Si je salue généralement la prise de risque par les comédiens, il faut dire qu’ici, cela nuit à l’œuvre. On croit d’abord en une singulière fragilité qui, si elle charme par son audace, n’arrive jamais à s’ancrer dans le personnage. Plutôt que de goûter la poésie des mots de l’auteure, on sent que l’actrice veut arriver au bout du paragraphe, comme si là se trouvait toute la substance du texte. Quand il faut se répéter les répliques intérieurement pour en savourer la beauté, c’est que le comédien nous a laissé choir. Ainsi, lorsque nous arrivons à cette fin machiavélique, le manque de reins de la comédienne ne nous fait pas croire au génie du personnage et la conclusion devient une banale exposition de faits.

Mais ne laissez pas ce bémol vous empêcher de retrouver ou de découvrir la plume de Fanny Britt. Hurlevents possède cette qualité de pouvoir divertir et faire réfléchir, tout en soulignant l’incroyable modernité des thèmes du roman d’Emily Brontë.

Rose Normandin

Hurlevents, présentée du 31 janvier au 24 février 2018 au Théâtre Denise-Pelletier. Pour toutes les informations, c’est ici.

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