Crédit photo : Rrahi Rezvani

Attendu impatiemment par son public pour chacune de ses créations, Hofesh Shechter revient à Montréal avec Grand Finale au Théâtre Maisonneuve jusqu’à dimanche prochain. Sur le plateau, les danseurs et les musiciens offrent une performance spectaculaire qui mêle à merveille l’énergie débordante et la poésie caractéristique du chorégraphe-compositeur. Cette tribu unique amène le public dans un univers sensible où la suite est toujours une surprise, entre émotivité et égarement. Critique.

Évoquer la fin, entre sérieux et folie

Hofesh Shechter a créé un monde en chute libre, qu’il imagine dans un chaos total, entre incertitudes et confusions. On entre dès le début de sa création dans une agitation totale qui reflète notre monde actuel chaotique. Malgré un sentiment de fin et d’effondrement, le chorégraphe nous fait aussi sourire, voire rire. « Tout s’effondre, mais c’est presque comme une fête » dit-il.

Pendant 1h45, les décors se déplacent, les atmosphères changent, les interprètes passent d’une émotion à une autre. Avec de grandes plaques mouvantes, les tableaux s’enchaînent et semblent même vivants.

L’angoisse côtoie le rire, les cris, la transe et la mort. Cette mort semble d’ailleurs être un prétexte pour jouer et se remémorer des souvenirs. Les interprètes dansent avec la mort, entre émotion à fleur de peau et détachement total. Au cœur de cette joie sombre, les musiciens font chanter le public, les interprètes chantent aussi et permettent un rapprochement avec ce dernier, formant ainsi comme une banale scène quotidienne.

La perte de contrôle s’associe à l’oubli, à l’inquiétude, mais aussi à la folie douce, la folie nerveuse ou encore la fête. Ainsi, on voit divaguer des individus touchés par la solitude et le chaos, qui pourtant continuent de vivre ensemble, comme si de rien n’était.

Sensibilité artistique juste et atmosphères envoûtantes

Dans sa nouvelle création, l’artiste met sur scène dix danseurs, six musiciens et une maîtrise de la lumière sans pareille. Dans un décor mouvant, les artistes reproduisent et transforment constamment l’espace. Les musiciens sont visibles le temps d’un instant puis disparaissent. Les interprètes, eux, forment et déforment l’espace, par leurs corps, qui vibrent aux sons des instruments.

Hofesh Shechter compose des atmosphères musicales uniques grâce à des musiciens en direct qui mènent la pièce, la complètent et dansent même avec elle. Semblable à un film, la musique classique semble parfois guerrière, parfois angoissante et crée toujours un monde original où chaque élément de la création prend son sens. La beauté des sons des musiciens classiques se marie avec la violence d’une musique transe et créé alors des univers musicaux uniques.

Les lumières prennent une place primordiale au sein de Grand Finale. Dans une brume continuelle, les couleurs feignent l’espace et s’affranchissent des codes habituels. Le bleu froid enchaine avec un orange de poésie puis un blanc de rage. Les couloirs de lumières s’enchaînent et modèlent la scène, au rythme des violons, des tambours et des corps enragés. Les reflets, les pénombres et le noir sculptent aussi les interprètes, les transformant en simples ombres, en corps en mouvement, enlevant ainsi toute humanité.

Enfin, pour compléter cette harmonie sonore et visuelle, la gestuelle de Hofesh Shechter incarne la théâtralité de l’œuvre et toute sa sensibilité. Avec ses interprètes de qualité, le chorégraphe voyage dans le mouvement et peaufine sa recherche, toujours surprenante. La fluidité est de mise, mais va plus loin. Ce sont des corps mous, des corps morts que le chorégraphe a formé. Faut-il s’attrister devant la perte? Faut-il continuer de fêter?

Parallèlement à cette mort, on voit les corps interagir entre eux, s’emmêler et se démêler, pendant des unissons toujours inattendus et toujours très fins et précis. La chorégraphie est très souvent énergique, déchaînée, voire parfois proche de la transe ainsi que de la danse rituelle. Corps libérés, corps tordus et corps mort se dévoilent dans une rythmique soutenue, impétueuse et splendide, donnant ainsi au public des surprises ininterrompues et une proximité à la pièce grâce à sa théâtralité et sa sensibilité visuelle et sonore.

Pour la grande première qui a eu lieu hier soir, c’est le Théâtre Maisonneuve entier qui s’est levé pour acclamer l’œuvre et son maître. Grand Finale sera présenté du 1er au 4 novembre 2017.

Léa Villalba 

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