Crédit photo : Cath Langlois

La compagnie La Brute qui pleure, fondée par David Bouchard et Dayne Simard, présente sa première production Froid  dans la salle intime du Théâtre Prospero. Le metteur en scène se base sur un texte du dramaturge suédois Lars Noréen et amène quatre jeunes adolescents à traiter d’un sujet controversé : le racisme.

Mise en scène réaliste et brutale

Lars Noréen s’est inspiré d’un fait divers de 1995 pour écrire son texte où les paroles, d’une extrême violence, se transforment finalement en actes. La Brute qui pleure a adapté ce texte pour le rendre plus actuel, mais aussi plus québécois. La pièce commence par la divulgation de propos xénophobes, extraits de blogues québécois. Malgré le choix de garder la suite de la pièce en Suède, il est clairement (et tristement) possible d’imaginer ce fait divers partout dans nos pays occidentaux.

Dès le départ, la mise en scène laisse place au ton cru et hyper réaliste de la situation. Les lumières restent assez naturelles et servent le jeu des acteurs. Avec quelques effets lumineux, sonores et textuels, la pièce ressemble à un véritable court-métrage, bien dosé et percutant.

Installés dans une clairière pour fêter le début des vacances et la fin de l’école, trois jeunes se chamaillent, boivent de la bière, mangent des saucisses de faible qualité et discutent de divers sujets, plus ou moins légers. Ils parlent de vacances, de leurs familles, de foot, mais aussi de sujets plus politiques en évoquant notamment la pureté de la Suède, la suprématie blanche et affichent alors clairement leurs idées néonazies, nommant Hitler et le « White power ». Ils se questionnent même sur le sentiment que tuer peut apporter.

Des comédiens remarquables

Pendant une heure trente, la tension est continuelle. Les jeunes étalent des propos d’une extrême violence tout en restant attachants dans leurs personnalités d’adolescents un peu perdus, un peu taquins et ignorants. La pièce nous mène dès le départ dans une brutalité quotidienne, une fureur qui ne demande qu’un contexte favorable pour éclater. Avec l’arrivée du quatrième personnage, un de leur camarade de classe, d’origine coréenne, on sent que la pièce va mal tourner.

Keith (personnage dominateur et influenceur du groupe) l’oblige à boire des bières, les jeux d’intimidation commencent et n’auront pas d’issue. Toujours entre tension et relâchement, le jeu physique des acteurs est à la hauteur de la cruauté de leurs propos. Les scènes imposent un malaise.

Désireuse de livrer de façon crue une réalité, un fait divers, La Brute qui pleure ne souhaite pas faire la morale. Elle veut proposer une réflexion collective sur les ravages de l’intolérance et du racisme. Avec une mise en scène épurée et des comédiens qui incarnent à merveille leurs personnages, le public n’en sort pas indemne et a même du mal à applaudir à la fin, au vu du choc infligé.

Léa Villalba 

Froid, de La Brute qui pleure, du 17 octobre au 4 novembre au Théâtre Prospero avec Olivier Arteau, Ariane Bellavance-Fafard, David Bouchard et Dayne Simard.

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