Crédit photos : Maxime Côté

Ceux qui étaient à Montréal en 2008 s’en souviennent. Le 9 août 2008, Fredy Villanueva a été tué par balle au parc Henri-Bourassa à la suite d’une intervention policière. Il avait 18 ans. Son décès a suscité une violente manifestation le lendemain dans les rues de Montréal-Nord. Voitures brûlées, vitrines brisées. Tout pour venger une mort injuste.

Texte écrit par Annabel Soutar et mis en scène par Marc Beaupré, la pièce avait d’abord été produite en 2016 par la compagnie Porte Parole à La Licorne. Victime de son succès et des vifs débats qu’elle a soulevés, Fredy nous revient plus d’un an après, en tournée montréalaise.

Avez vous déjà assisté à un véritable procès? Pour ma part, si ce n’est d’avoir regardé Toute la vérité, jamais. En revanche, la mise en scène de Fredy donne aux spectateurs le siège de juré, où l’on assiste au procès sur l’affaire Villanueva. Les acteurs incarnent différents personnages liés à l’affaire : famille, amis, policiers, avocats… Dans un style théâtre documentaire dont Anabel Soutar est rendue maîtresse, les faits se veulent exposés objectivement, le plus neutre possible, sans jugement. Mais difficile de ne pas prendre un parti, surtout quand certains policiers et avocats les défendant sont représentés péjorativement…

Néanmoins, le style documentaire est brillamment assuré par l’évocation et la reproduction des faits réels entourant l’affaire. À travers un jeu d’acteur soigné et d’une mise en scène réussie, on s’imagine bien les différentes scènes, qu’elles se déroulent dans un parc montréalais ou au palais de justice. Le rythme imposé par l’omniprésence de la musique progressive, ainsi que la rapidité et la précision des enchaînements de répliques sauront vous tenir en haleine.

Mais Fredy vient aussi soulever plusieurs questions. On se demande d’abord quel est le rôle de la police, et surtout, son droit ou non de tuer. La pièce le dit : les mesures législatives encadrant les forces policières au Québec ont été légiférées par la police elle-même. Comment ne pas penser qu’elles sont à leur avantage? Lorsqu’un policier tire sur des civils non armés, par « légitime défense », n’y a-t-il pas des armes intermédiaires à leur disposition? Toutes ses questions sont amenées par la pièce, mais restent sans réponse. C’est au spectateur de réfléchir et de débattre.

Intrinsèquement, on est amené à se questionner sur la légitimité d’une auteure blanche issue d’une famille aisée de Westmount de parler de la mort d’un jeune immigré du Honduras, mort à Montréal-Nord. L’auteure est formelle : l’art sert à créer des ponts, à ouvrir le dialogue entre des communautés qui ne seraient pas autrement liées. Ce n’est pas de « l’appropriation culturelle », ou toute autre aberration du genre, que de s’intéresser sincèrement à un milieu socioculturel différent du notre. Cette communication permet une meilleure compréhension des enjeux de notre société, et favorise le respect des différences. Ceci justifie amplement la démarche de l’auteure, et de tous ceux qui partagent son approche artistique.

Bref, la pièce est une franche réussite. Sensible et émouvante, elle vient chatouiller la corde des émotions à plus d’une reprise. Elle fait découvrir le théâtre documentaire, forme qui j’espère saura inspirer de jeunes dramaturges québécois, tant l’approche est originale et riche en potentiel. Une pièce à ne pas manquer. À voir ou à revoir.

Anthony Dubé

Fredy, à La Licorne du 18 au 22 décembre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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