Crédit photo : Max Rheault

Peut-être vaut-il mieux ne pas avoir lu le roman de Gaétan Soucy pour apprécier l’adaptation de Simon Lavoie. Qui s’attarderait trop au verbe ayant fait la marque du roman pourrait passer à côté de l’objet singulier qu’est le film en soi.

Deux enfants élevés dans l’obscurantisme de leur père dérangé se retrouvent livrés à eux-mêmes lorsque le patriarche décède. Formidable réflexion sur le pouvoir de la religion sur nos sociétés, l’originalité de l’univers et la beauté de la prose avaient ravi la scène littéraire, à la sortie du roman en 1998. Les attentes étaient grandes pour son adaptation cinématographique.

Dès les premiers plans, le film s’impose de par sa lenteur, son ambiguïté et son ambiance un peu glauque. La superbe photo, assurée par Nicolas Canniccioni, est minutieusement travaillée pour traduire l’étrangeté qui entoure la famille Soissons (par exemple, cette utilisation du grand angle qui déforme certains gros plans ici et là, vient rajouter une petite dose d’originalité à une facture visuelle déjà très léchée). Il faut également souligner le travail de Marine Johnson dont le personnage difficile à rendre sans le discours verbomoteur (si délicieux) du livre, doit passer de la candeur naïve à la prise de conscience brutale avec beaucoup de finesse.

En regardant le travail de Simon Lavoie, il est évident que le réalisateur, pour adapter l’inadaptable, a voulu s’affranchir du roman. Malheureusement, en laissant de côté le travail littéraire de Soucy, il ne reste du conte que les faits, et on ne peut pas dire que ce soit les faits qui fassent le plus résonner le récit. Le père dépressif un peu fou, la relation filiale douteuse, l’enfant brûlé, ne réussissent pas à préserver le mystère dans lesquels ils baignent sur la page et on se retrouve devant une histoire beaucoup moins robuste (avec une fin prévisible).

La vision altérée par la résilience de la gamine ne trouve ici que peu de support et son esprit si original devient banal voir un peu niais lorsque vu à travers une lentille. Ainsi, qui chercherait à retrouver Gaétan Soucy à travers le film de Lavoie ne pourrait qu’être déçu, d’autant plus que les rares dialogues sonnent parfois un peu forcés.

Ceci dit, il ne faut pas bouder son plaisir. S’il est possible de faire fi de son siamois littéraire, La petite fille qui aimait trop les allumettes est un film intrigant et dérangeant sur une famille aux blessures grotesques. Il est seulement dommage de ne pas lui voir prendre toute l’envergure de son potentiel.

Rose Normandin

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