Disons-le d’emblée, Diane a les épaules est un film oubliable. Il constituera, dans le panthéon de votre cinéphilie, une énième œuvre entre le 3 étoiles et le 3 étoiles et demie dont vous ne vous souviendrez plus dans un an. Ni bon ni mauvais, ni chaud ni froid, ni comédie ni drame. Un bon moment, sans trop de prétention, qui pourrait meubler agréablement 87 minutes de votre vie, si vous n’avez rien de mieux à faire. Pourtant, de par son sujet, on était en droit de s’attendre à plus.

Diane (Clotilde Hesme que l’on a pu voir dans Chocolat ou la série Les Revenants) nous est présentée, dès la scène d’ouverture, comme un esprit libre qui agit selon ses impulsions. On la voit, dans une boîte de nuit, insultant gentiment le garçon qu’elle embrassera goulûment la seconde d’après. Ainsi, c’est avec surprise que l’on découvre, dans la scène suivante, qu’elle porte l’enfant de ses deux meilleurs amis (Thomas Suire et Grégory Montel). Le film sera donc un récit de grossesse, où la tumultueuse fera don d’elle-même pour le bébé à venir. Mais la vie étant faite d’imprévus (alors que ce film pas du tout…), c’est lorsqu’elle est enceinte de trois mois qu’elle tombera sous le charme d’un ténébreux mis sur sa route par hasard (Fabrizio Rongione).

Diane a les épaules pose des questions sur la grossesse pour autrui et sur la maternité, sans jamais vraiment creuser le sujet. Bien sûr, les dialogues sont savoureux, mais le manque de cohésion entre les différentes situations empêche de construire une évolution dramatique en laquelle on croit. Ainsi, le doute qui assaille lentement Diane nous semble banal et son histoire d’amour avec Fabrizio (Fabrizio Rongione) à peine crédible. Même si le film est sensible et honnête, Fabien Gorgeart (qui signe et réalise le long métrage) n’arrive pas à faire un portrait rendant justice à cette situation particulière.

On se trouve devant des personnages clichés, presque antipathiques, dans un scénario qui finit par tomber à plat. Est-ce parce que l’auteur masculin n’arrive pas à entrer dans la psyché féminine ? Est-ce parce qu’il veut absolument éviter tout risque de controverse par rapport à un sujet délicat ? Si le réalisateur réussit à éviter les jugements, il ne défend aucune opinion, ni ne lance de débat. On sent qu’il voudrait dire quelque chose quant à l’appropriation du corps de la femme par les hommes, mais le tout prend l’allure de banales prises de becs, rendant les personnages masculins un peu insignifiants. On est devant le portrait d’un personnage a un moment décisif de sa vie.

Heureusement, l’écoute du film n’est pas ennuyeuse et on le doit surtout à la performance de Clotilde Hesme. Gorgeart aurait écrit le film pour elle et ça se sent. Elle sait s’affranchir des archétypes et des lieux communs construits autour de son personnage pour lui donner toutes ses dimensions. Pétillante, nuancée et généreuse, on la sent capable de tout. S’il réussit une chose, Diane a les épaules (pour porter le film…) nous fait découvrir une comédienne de talent qu’il faudra surveiller davantage.

Rose Normandin

Diane a les épaules, de Fabien Gorgeart est à l’affiche depuis le 12 janvier 2018.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :