Le Festival international de littérature est de ces événements qui permet de créer, souvent pour un soir seulement, des happenings mettant la scène au profit des mots (devant un public souvent séduit d’avance). Avaient donc lieu lundi dernier, dans la petite salle Claude Léveillé, deux spectacles en apparences sans lien l’un avec l’autre, mais avec quelques points en commun. Tous deux sont issus des cerveaux d’acteurs/auteurs, tous deux témoignent de la souffrance du coeur, tous deux s’inspirent d’un matériel éminemment personnel.

Chronique d’un cœur vintage

Chronique d’un cœur vintage est la mise en spectacle de morceaux choisis, tirés de la chronique du même nom créée par Émilie Bibeau pour l’émission radiophonique Plus on est de fous, plus on lit. En puisant dans les textes charnières qui ont fait la réputation de la rubrique de la comédienne depuis 2016, l’artiste invite le spectateur à découvrir son univers chargé de deuils et d’émerveillements, de nostalgie et de résilience.

Axée sur la perte de repère, la solitude, le besoin d’appartenir à autre que soi, la plume de Bibeau est sobre et juste, nous faisant presque croire, par instants, à la spontanéité d’une réflexion plutôt qu’à une mise en lecture savamment orchestrée. Bibeau n’hésite pas non plus à puiser dans les oeuvres littéraires qui l’ont marquée et qui l’aide à faire sens du chaos de nos existences. Ainsi, on passe de Flaubert, à Cioran, à Hélène Dorion avec aisance, sans jamais sentir un lien forcé ou un raccourci maladroit. C’est avec générosité, candeur et un peu d’auto-dérision qu’Émilie Bibeau livre cet hommage au pouvoir exutoire des mots.

La fin du monde est une fausse piste

Venait plus tard le spectacle La fin du monde est une fausse piste, sorte de cabaret poétique musical, échafaudé par Emmanuel Schwartz et Dany Boudreault. Copains depuis vingt ans, ils ont décidé de revenir à leur genèse créative et de faire des mots de Boudreault et de la guitare de Schwartz les porte-étendards d’un mal-être chronique. Le résultat est réussi, mais inégal. La poésie magnifique, même si parfois un peu hermétique de Boudreault ne trouve malheureusement pas son égal dans la musique de Schwartz. On sent que les interventions musicales se veulent des bouffées d’air à travers l’intensité misanthrope de Boudreault.

On sourit, on rigole un peu, on réfléchit un peu, mais jamais l’esprit n’exulte à travers les chansons comme il peut le faire avec les poèmes. C’est comme si un des deux garçons s’était lassé du projet avant qu’il ne commence et qu’il n’avait investi que le quart de son intellect. Ça donne un excellent résultat quand même, la preuve que nous sommes devant des artistes accomplis et versatiles, mais parfois la performance de l’un des deux donne l’impression de se trouver devant un fantasme d’acteur (celui qui aurait voulu être rock star).

– Rose Normandin

Chronique d’un cœur vintage et La fin du monde est une fausse piste étaient présentés dans le cadre du Festival International de Littérature. Le FIL se déroule du 22 septembre au 1er octobre 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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