C’est accompagnée de trois musiciens, Todd Dahlhoff à la basse, Paul Taylor à la batterie et Amir Yaghmai au violon et aux claviers, que Feist est débarquée sur la scène Wilfrid-Pelletier. La proposition était simple ; nous présenter son dernier album Pleasure dans son intégralité, pour notre plus grand plaisir.

D’abord, il faut noter sa façon d’amadouer son public. Quelques mots de français, beaucoup de spontanéité et une pétillante générosité pour charmer une foule déjà amoureuse. L’écoute était religieuse. La complicité facile. Mais il fallait quand même trimer sans relâche pour faire bouger un peu la foule confortable de Wilfrid-Pelletier. Pendant A Man Is Not His Song, la chanteuse a réussi à faire (timidement) chanter la foule. Pendant Young Up, elle a pu en faire danser quelques-uns dans les allées.

Ce qui est toujours impressionnant, c’est de voir l’assurance de son jeu de guitare. Que ce soit lorsqu’elle assure la guitare rythmique ou lorsqu’elle se livre à des solos abrasifs, Feist conduit son band avec aplomb, faisant l’aller-retour entre l’acoustique et l’électrique, entre la ballade épurée intimiste et le rock décapant. La prestation se déroule dans l’attention totale, les chansons prenant une nouvelle dimension dans leur version live. Pour recréer les arrangements vocaux hypnotisants de l’album, Feist n’hésitait pas à se servir d’un loop station, arborant ainsi plusieurs de ses personnalités (certaines évoquant PJ Harvey ou Patti Smith) au sein du même chanson. Baignant dans un visuel épousant celui de l’album, la conception d’éclairage réagissait aux différents mood des chansons de façon quasi-organique.

This is what ten years sounds like. »

Une fois les chansons de l’album terminées, la musicienne s’est tournée vers ses hits passés, majoritairement tirés de The Reminder. Ainsi, la foule s’est levée pour My Moon My Man et ne s’est plus rassise, ravie de pouvoir chanter en choeur les chansons plus connues de l’artiste.

Pour son rappel, elle a revisité en version épurée Mushaboom, puis 1234 en la décortiquant avec le public, parlant de cette chanson comme d’une amie qui n’aurait pas donné de nouvelles pendant des années avant de revenir boire une bière pour ressasser des souvenirs. Cette chanson qui lui avait accordé le statut de star pop à l’échelle internationale et qui, à mon avis, est la moins intéressante de son répertoire, prenait avec le temps et le recul, une nouvelle profondeur et plus de saveur. La preuve que le talent de Feist et sa capacité à se renouveler se bonifie avec les années.

En apéro

Mentionnons la solide première partie de Charlotte Day Wilson. Jeune auteure-compositrice-interprète, multi-instrumentiste, elle nous offre une pop R&B intrigante. Avec son album CDW nommé au prix Polaris, une collaboration avec Badbadnotgood, une chanson (Work) rendue populaire à cause de la télé et plusieurs spectacles à son actif, on peut croire que l’artiste est promise à une carrière intéressante. Oscillant entre des arrangements de voix éthérées et des grooves inspirées, Charlotte Day Wilson est définitivement une artiste à surveiller.

Rose Normandin

Feist se produisait à la salle Wilfrid-Pelletier dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal. Le festival se poursuit jusqu’au 8 juillet. Pour toutes les informations, c’est ici.

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