«Nous voulons tous être aimés. Sinon, être admirés. Sinon, être craints, sinon, être haïs et méprisés. Nous voulons éveiller une émotion chez autrui quelle qu’elle soit. L’âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n’importe quel prix.»

Publié en 1905 par Hjalmar Söderberg, Doktor Glas avait suscité le scandale de par les enjeux qu’il explorait. Sorte de paysage intérieur d’un médecin romantique et solitaire qui, ébranlé par les révélations difficiles que lui fait une de ses patientes (dont il est épris en secret), réfléchit à la possibilité de lui venir en aide en assassinant son mari. L’œuvre oscille donc entre suspense psychologique et réflexion philosophique parsemée de traits d’esprit et de poésie. Roman important de la littérature suédoise, voici qu’il devient tour de force théâtral porté sur scène par Peder Bjurman et incarné depuis onze ans par Krister Henriksson (connu par le large public pour son interprétation de Wallander dans la série suédoise).

La proposition de Peder Bjurman, collaborateur régulier de Robert Lepage, repose d’abord et avant tout sur le texte de Söderberg et le jeu de Henriksson. La scénographie minimaliste propose un prisme rectangulaire, quelques chaises, des bouteilles d’eau. L’acteur entre en scène et déjà, on sent la mélancolie envahir la salle. La forme du journal personnel du texte original se traduit sur scène par une adresse directe au public. Avec son monologue honnête, le bon docteur Glas nous promet d’entrée de jeu qu’il ne nous cachera rien. Mais qu’en est-il des mensonges qu’il se raconte à lui-même? Car tout le fil narratif du personnage est basé sur un schéma de pensées logiques des plus subjectives. Et c’est ici qu’intervient le génie subtil de la mise en scène de Bjurman. Pour appuyer ses réflexions tantôt pragmatiques (lorsqu’il réfléchit sur l’euthanasie, le féminisme et la responsabilité sociale), tantôt émotives (lorsqu’il s’émeut sur le sort de Mme Gregorius), la froide scénographie s’anime soudain à l’aide de la musique et de la conception d’éclairage pour nous transporter dans la psyché du docteur et, de la même façon, dans différents lieux de Stockholm.

Mais Doktor Glas n’éblouirait pas autant si ce n’était de la performance percutante de sobriété de Krister Henriksson. Dès son entrée en scène, le public est captivé par son aisance à interpréter ce personnage complexe de mélancolie, résilience et solitude. Sa virtuosité nous fait oublier que la pièce est en suédois et qu’elle est portée par un seul homme.

Oui, le texte est profond et porteur de nombreux discours sur une panoplie de sujets, mais la quête du Docteur Glass vers l’autre, qui passera peut-être par le meurtre, baigne le spectateur dans une aura de beauté poétique.

Rose Normandin

Doktor Glas a été présentée les 27 et 28 avril au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Pour toutes les informations, c’est ici.

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