Crédit photo : Suzanne O’Neill 

Après un vif succès en 2016, la pièce Des arbres revient sur les planches de la Petite Licorne jusqu’au 20 octobre prochain. Encensés par la critique, Sophie Cadieux et Maxime Denommée y interprètent un couple confronté à un profond dilemme, celui d’avoir un enfant à une époque où les changements climatiques et la pollution compromettent l’avenir des générations futures.

Alors qu’il lui propose tout bonnement au beau milieu du IKEA d’avoir un enfant, la panique gagne rapidement la jeune femme qui part dans une spirale de scénarios et de questionnements. La pièce expose une génération conscientisée par les enjeux environnementaux, mais également les doutes d’un couple face à leur capacité à élever et à aimer un enfant. Mais à se questionner, ne sont-ils pas, au contraire, une belle démonstration de maturité et de lucidité?

Ce texte de Duncan Macmillan et traduit par Benjamin Pradet plonge le spectateur dans le vif du sujet dès les premières minutes. Si le propos semble dramatique, au contraire, l’humour est au cœur de la pièce. Certaines répliques cinglantes suscitent d’ailleurs chez le public des fous rires entremêlés d’exclamations. « Je ne veux pas me servir de mon enfant pour devenir une conne ». La vérité est déconcertante et déstabilisante tout comme la théorie du personnage de Denommée qui égratigne les plus démunis inaptes à avoir des enfants, mais se reproduisant comme des « rats ». Difficile de ne pas penser à certains parents de quartiers défavorisés.

La mise en scène de Benoît Vermeulen, sans flafla ni décor, fonctionne à merveille. Les acteurs réussissent avec une fluidité surprenante à nous faire voyager d’un lieu à un autre. Ainsi, on passe de leur salon, où ils s’enivrent et titubent jusqu’à un bar, où la musique assourdissante enterre leurs propos. Puis l’instant d’après, le public se retrouve dans l’intimité de leur chambre à coucher. La procréation devient un acte calculé et machinal. Tout est si scrupuleusement étudié que le geste perd de sa beauté.

Une interprétation à couper le souffle

Sophie Cadieux incarne une jeune femme dont les incertitudes frôlent la crise d’hystérie. Elle en est presque exaspérante à certains moments. Maxime Denommée campe admirablement bien le copain qui ne sait jamais sur quel pied danser, offrant un soutien démesuré à la femme qu’il aime. La chimie entre les acteurs est attendrissante et dotée d’une sensibilité qui risque de vous faire verser quelques larmes.

À aucun moment, l’attention du public ne tombe à plat devant ce dialogue qui déboule de façon ahurissante, percutante et touchante. Un texte inoubliable qui laisse perplexe et le souffle coupé. Des arbres, une pièce dont le succès ne cesse de rayonner. Trois ovations pour Cadieux et Denommée. À voir absolument.

Edith Malo

Des arbres, mis en scène par Benoît Vermeulen. Avec Sophie Cadieux et Maxime Denommée. Présentée à la Petite Licorne du 25 septembre au 20 octobre et au Théâtre Périscope à Québec du 31 octobre au 11 novembre. Dès janvier, c’est Eveline Gélinas qui reprend le rôle de la jeune femme pour une tournée au Québec au Canada. Pour plus de détails, c’est ici.

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