Crédit photos : Valérie Remise 

Le Québec a vibré et vibre encore face au texte marquant d’Evelyne de la Chenelière, Bashir Lazhar, qui se retrouve sur la scène du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dans une mise en scène de Sylvain Bélanger 10 ans après sa première création et 6 ans après avoir été porté au grand écran par Philippe Falardeau. Et sans aucun doute, il trouve encore sa pertinence aujourd’hui.

Tout un défi de tenir à bout de bras cette pièce riche tournant autour d’un immigrant qui remplace une enseignante qui s’est enlevé la vie en pleine classe, durant la récréation. Une situation particulière, qui entraînera son lot d’incompréhension, de réactions et de malaises. Comment aborder le sujet avec des enfants? Comment faire pour empêcher le traumatisme? Est-ce que ces rencontres hebdomadaires avec la psychologue de l’école fait la différence? L’enseignant ne croit pas non.

Sur scène, un Rabah Aït Ouyahia en contrôle marque tous les temps. Avec dynamisme et retenue, l’Algérien enseigne de belle manière, discute – ou se chamaille plutôt – avec la directrice, essaie maladroitement de créer des liens avec ses collègues, surveille à la récréation, tente de convaincre le gouvernement canadien qu’il mérite de rester au pays et se souvient. Se souvient de sa famille, de son passé, de ses projets qui ne prendront jamais forme. Surtout, il se montre passionné face à son métier, contrairement à ceux qui l’entourent.

Si Bashir Lazhar a tendance à entrer dans le vif du sujet du suicide sans arrière-pensée avec ses élèves – peut-être parce qu’il n’a pas ou n’a plus le luxe de tourner autour du pot -, il heurte sans même s’en rendre compte les sensibilités et sera bien vite victime des préjugés de certains Québécois envers lui. « Je respecte les femmes! », répétera-t-il notamment à quelques reprises à ses interlocuteurs absents de scène, montrant avec efficacité les accusations absurdes vers lesquelles la xénophobie peut mener.

C’est peut-être là que le bât blesse : le fait de suivre toute l’action par la voix seule de Rabah Aït Ouyahia peut devenir un brin lassant. Malgré le talent de l’interprète, difficile de ne pas remarquer les longueurs qui parsèment la pièce, présentée dans une scénographie très épurée de Julie Vallée-Léger.

Pourtant, Bashir Lazhar nous laisse songeur, séduit par un texte d’une efficacité redoutable. Dans notre ère trumpienne, la pièce de Chenelière résonne et frappe fort, encore et toujours.

Mélissa Pelletier

Bashir Lazhar, du 19 septembre au 14 octobre 2017. Pour plus d’informations, c’est ici.

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