Après Là-bas, le lointain, Ravages et Les caveaux, Alan Lake revient à Danse Danse pour présenter sa dernière pièce, Le cri des méduses. Toujours dans une démarche multidisplinaire, l’artiste combine sa signature chorégraphique à son intime relation aux arts visuels et au cinéma. Inspiré par Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault et la lutte pour la survie de ces naufragés, Le cri des méduses emmène le public dans un monde à la dérive, entre mythe et réalité. Mais y a-t-il un rivage ?

Des corps en violence, des corps en lutte

Pendant une heure et demie, les neuf interprètes se donnent sur scène dans une danse très physique, à travers laquelle ils incarnent le naufrage, l’espoir, la survie et la résilience. Dans une proximité avec le public, ils grimpent, poussent, tirent, sautent et tombent dans un rythme soutenu. Une envie de s’en sortir, un besoin d’y croire, épique.

Dans une danse à fleur de peau, les corps s’attirent et se déchirent, entre violence et sensualité animale. Entre portées acrobatiques et corps-à-corps, les interprètes vivent la violence des corps dans des à-coups et une gestuelle angulaire pour incarner cette tragédie de 13 jours où famine, cannibalisme et humanité se sont arrimés.

Malmenés par la peinture, la glue et la terre, les corps s’adaptent et déambulent dans le chaos ambiant où les différentes matières colorent, brutalisent et adoucissent les scènes. Un vrai film se crée devant nos yeux.

Une scénographie allégorique fascinante

Alan Lake offre à son public une œuvre polymorphe où les images scénographiques puissantes se marient aux matières brutes et à l’esthétisme pictural. Le tout dans un décor mouvant.

Des plaques forment un décor amovible, déplacé par les danseurs. Elles tournent, se retournent et prennent toujours de nouvelles formes. Elles servent de radeau, de mur, de frontière ou encore de fond de tableaux vivants. Toujours en transformation, l’espace se scinde en deux, voire même en trois pour offrir des scènes, des émotions et des images d’un symbolisme poussé.

Dans cette ambiance angoissante, les lumières ont une place à part entière. Feutrées, elles sont parfois bleues et apportent une douceur, un espoir. Dans un orange aveuglant, elles effraient et nous font perdre pied. Les contre-jours créent des corps inhumains, des ombres, à la recherche d’une lumière et d’une sortie.

À travers deux couches de rideaux quasi-transparents, les interprètes deviennent des peintures à l’effet sfumato et nous emportent dans des moments d’intimité, des scènes tirées de la célèbre peinture ou des scènes plus contemporaines.

Malgré deux scènes qui reviennent sans une réelle valeur ajoutée, la pièce conclue sur une accumulation de symboles, une accélération de l’angoisse où chaque personnage atteint son paroxysme, à la fois interprétatif et esthétique. Le tableau final retient l’attention et le souffle du spectateur dans une course effrénée vers le rivage et la vie.

– Léa Villalba

Le cri des méduses est présenté jusqu’à samedi 24 mars, à la cinquième salle de la Place des Arts.

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