Fruit d’un projet artistique, collectif et avant tout humain, l’exposition Créer pour s’aimer, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) du 2 février au 1er avril 2018, marque l’aboutissement d’une magnifique aventure entre Les Impatients de la Rive-Sud et l’institution muséale. Une façon, tout en couleurs et coups de pinceau, de déstigmatiser la maladie mentale et d’accompagner –via l’art– les personnes en proie à cette réalité trop souvent occultée.

« Personne n’est invulnérable aux problèmes de santé mentale », affirme très justement Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, devant le parterre de personnes réunies ce jeudi 1er février pour inaugurer l’exposition Créer pour s’aimer. L’histoire qu’elle raconte ensuite est inspirante à bien des égards : celle d’un mendiant assis sur une vieille caisse depuis plus de trente ans, et qui un jour se décide à l’ouvrir. L’homme découvre alors, non sans étonnement et une certaine pointe d’allégresse, un trésor de richesses ; lui qui pensait ne rien posséder voit s’ouvrir devant lui le champ des possibles. Pourquoi vous relater cette parabole? Parce qu’elle nous enseigne l’importance de regarder à l’intérieur, non pas d’une caisse bien entendu, mais de soi.

Créer pour s’aimer

Sur les thèmes de l’identité et de l’autorévélation, l’exposition Créer pour s’aimer met en scène des dessins, peintures et sculptures réalisés par les participants au projet. Tout au long de l’année 2017, Rose-Marie, Roxane, Bernard, Geneviève, Alain, Manon, Stéphane et les autres, ont travaillé main dans la main avec le Musée des beaux-arts et ses partenaires : d’abord, des visites des collections du musée et de l’exposition Chagall : couleurs et musique; ensuite, des ateliers de création avec des artistes et des éducateurs artistiques. Le résultat vaut le détour : des œuvres fantaisistes ou ancrées dans le réel; colorées ou plus sombre; toujours personnelles et empreintes d’une sensibilité sans pareille. Ainsi, la série d’autoportraits amorçant l’exposition présente des mines tantôt rieuses tantôt graves, « Les Rêves chagalliens » invitent à se perdre dans les méandres de notre esprit, « Les mains de l’espoir » moulées en plâtre tendent avec force vers l’infini, tandis que « Mon Chagall en moi » constitue une véritable explosion de couleurs, un hymne à l’art et à l’amour. Autant de soi offert aux yeux de tous, comme un précieux témoignage de la puissance de l’art.

Le pouvoir de la création

« Le musée fait partie de leur vie », nous confie Dominique Payette, artiste et directrice d’Espace Création à Saint-Lambert où se tient l’atelier des Impatients sur la Rive-Sud. Une participante, Alexandra, lui a soufflé un jour : «  J’étais chenille, je suis devenue un papillon ». Tout un symbole. Autre témoignage, celui de Rose-Marie –Impatiente depuis trois saisons, et fièrement présente au vernissage de cette nouvelle exposition : elle raconte un quotidien cloisonné de cadres rigides propres à se rassurer ; la peinture et la création lui ont permis d’accepter et de mieux gérer les imprévus ponctuant inévitablement la vie courante. Des exemples qui illustrent, une fois encore, l’importance du processus créatif dans la construction de son identité, de son estime; dans l’affirmation de soi et de son unicité.

« La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent, c’est d’apprendre à danser avec la pluie », pouvons-nous lire en filigrane sur l’un des autoportraits présentés en début d’exposition. Cette formule, les Impatients l’ont bien comprise. Et au regard de leur talent, ils n’ont assurément pas fini de danser.

– Léa Houtteville

Créer pour s’aimer, du 2 février au 1er avril 2018
Musée des beaux-arts de Montréal, Espace J.A. de Sève – Pavillon Jean Noël Desmarais, niveau S1
2200, rue Crescent
L’entrée est gratuite.

Quelques mots sur Les Impatients

Depuis 1992, Les Impatients ont pour mission de venir en aide aux personnes ayant des problèmes de santé mentale par le biais de l’expression artistique. Ils offrent gratuitement des ateliers de création, et œuvrent à la sensibilisation du grand public par diverses activités de diffusion, tels que des expositions, des publications, des lectures publiques et des concerts qui voyagent à travers le Québec. Pour plus d’informations, c’est ici.

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