Lula Carballo livre un récit aux éditions du Cheval d’août dont le titre provient des femmes de la famille de la narratrice qui sont obnubilées par le jeu (la roulette, la quiñela, la loterie). D’origine uruguayenne, l’auteure revient sur son enfance en Amérique latine.

 

Récit de résistance des femmes

Dès le début de la lecture de Créatures du hasard, on comprend que les femmes seront mises à l’honneur. La jeune narratrice de neuf ans vit entourée de personnages féminins tous plus excentriques les uns que les autres, à commencer par elle-même. Il y a une arrière-grand-mère accueillante (Léo), une tante qui chigne (Adri), une grand-mère voleuse qui cumule les amants (Régina), une mère très occupée et surpassée par les événements, une vieille voisine folle (Yazira) et sa fille combattante (Milita-Militaire). Cette pléiade de femmes ne compose que l’entourage le plus direct de la narratrice ; tous ces personnages et le lien entre chacun perdent un peu le lecteur par moments.

La narratrice est une petite peste qui fait mauvais coup sur mauvais coup. Elle gratte ses bobos, joue avec les produits ménagers, vole des bonbons au magasin… Bref, une petite fille bien tannante et très curieuse. Elle vit dans l’opposé de l’opulence avec sa mère monoparentale. Ensemble, elles sont représentantes Avon.

Il y a quelque chose de fort dans cette représentation d’un milieu presque uniquement féminin. Dès les premières pages, on apprend que les déchets sont brûlés devant les maisons en un tas quelconque. Très souvent, le sujet des déchets revient. Personne n’en fait de cas. Les femmes en position de pouvoirs (domestique, familial et autres) prennent en charge toutes les tâches quotidiennes de la vie et brûlent ce qui est en trop.

Tous ces rituels entourant le jeu, l’espoir, la mort, l’illusion, remettent en perspective l’importance accordée aux aspects les plus anodins au travers de la matérialité. Par exemple, lorsque la mère dit à la narratrice « Tais-toi, il ne faut pas souhaiter les fleurs des morts », le lecteur s’immerge dans un silence contemplatif et devient lui-même la petite fille précédemment ingrate.

Forme efficace

Puisqu’il s’agit d’un récit et non d’un roman en bonne et due forme, on parcourt l’enfance de Lula au travers de très courts épisodes d’une page ou deux. Ce format n’est pas sans rappeler les anecdotes familiales à la Kim Thúy.

« Ses chandails sont déformés par les pinces à linge qu’elle y accroche. Le panier à lessive posé à ses pieds, elle prend les pinces et les met dans sa bouche. Ma mère est un monstre sympathique avec ses dents en bois. »

Le lecteur est appelé à lire un morceau à la fois, ou en lire plusieurs de suite, sans jamais se faire imposer un rythme trop saccadé ou trop lent. Ce genre de lecture facilite l’approche de plusieurs publics différents, autant les avides lecteurs en série que les plus novices d’entre nous.

Ce livre est propice aux lectures de chevet, au transport dans le métro ou tout simplement sur les premières terrasses de l’année!

– Victor Bégin

Créatures du hasard, Lula Carballo, Le Cheval d’août, en librairie le 1er mai 2018.

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