Si le temps des «Bonne année!” touche à sa fin, il n’en est pas moins permis de se souhaiter du bon cinéma pour le reste de l’année. Pour s’assurer que ce soit le cas, voici quelques pistes avec le tout premier d’une série de coups de cœur cinéma du mois, en commençant par celui des résolutions. Et pour bien commencer, voici trois films coups de cœur vus en janvier, qui sont ou seront bientôt disponibles dans les salles du Québec!

Au revoir là-haut d’Albert Dupontel
Actuellement en salles

L’imagination commence là où s’arrête le traumatisme: sans doute l’un des plus beaux messages à retenir du dernier film de l’acteur et réalisateur français Albert Dupontel (Bernie, Enfermés dehors), dont l’affiche parle d’elle-même. Le traumatisme, c’est celui d’après-guerre, formidablement déficelé par le biais d’un duo de malfrats maladroits où l’on retrouve le Sean de 120 battements par minute (Nahuel Pérez Biscayart), ici artiste dissimulant un visage atrophié par un masque à chaque humeur du jour, et un comptable perdu depuis le retour des tranchées. Entre dérision et émerveillement, le rythme et l’humour sont aussi maîtrisés que les personnages sont hauts en couleur. Inspiré du roman de Pierre Lemaitre, qui a lui-même aidé Dupontel au scénario, Au revoir là-haut passe par le ridicule pour finalement toucher à l’universel. Aussi brillant qu’insolent sur le plan de la mise en scène et des décors, le film bouleverse en rappelant l’une des dernières scènes du Téhéran Tabou d’Ali Soozandeh, tout aussi politiquement incorrect et reflet de la condition humaine.

Manic de Kalina Bertin
En salles dès le 2 février

Entre filiation et aliénation, il n’y a qu’un pas. Tout juste le fond du propos du documentaire de Kalina Bertin, dont l’affection sans borne pour son frère et sa sœur n’a d’égal que l’implication de la caméra nerveuse et omniprésente dans chaque scène du quotidien. Elle devient pour la réalisatrice qui n’en est qu’à ses débuts le seul moyen de communication, nécessaire pour diagnostiquer les psychoses qui hantent sa famille, habitée par le spectre du père aux multiples identités. On se croirait encore dans l’univers de Tessa Louise Pope et de son bouleversant mais efficace The Origin of Trouble (Hot Docs, RIDM 2017), la structure en moins et la caméra à l’épaule en plus, là où la figure paternelle peut être aussi réconfortante que dévastatrice. Entre images de l’enfance, entrevues avec des proches de son gourou de père et esquisses identitaires, l’objectif de la jeune cinéaste devient alors reflet.

Le vénérable W.de Barbet Schroeder

Glaçant. Sans doute le mot le plus juste pour décrire cette lente déconstruction de l’un des moines bouddhistes les plus influents de Birmanie. Face caméra, visage d’ange, Ashi Wirathu replace son kesa en expliquant calmement sa vision, celle d’un bouddhisme où les Rohingyas ne sont pas considérés comme des êtres humains, reflet du traitement irrépressible subi par cette minorité musulmane fuyant au Bangladesh depuis septembre 2017. Schroeder y confronte la parole d’autres moines en total désaccord avec cette haine des musulmans propagée dans l’ensemble du pays depuis les premières manifestations de 1997. Après Général Idi Amin Dada: Autoportrait (1974) et L’avocat de la terreur (2007), le troisième documentaire du réalisateur suisse clôt la trilogie du mal en explorant les dessous des déviances religieuses et en retraçant le cercle vicieux de la haine perpétré par ce moine bouddhiste dont les préceptes font le tour du pays, et dont l’islamophobie dépasse les frontières.

Sélection officielle Cannes 2017 – Actuellement en salles (Cinéma du Parc, Cinémathèque québécoise)

– Ambre Sachet

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